**Le Chant des Exilés**
Au bord des fleuves de Babylone, sous un ciel cuivré par le soleil couchant, un groupe d’hommes et de femmes était assis, les épaules lourdes de chagrin. Leurs vêtements, autrefois riches et ornés des symboles de leur foi, étaient maintenant usés et poussiéreux. Leurs mains, autrefois habiles à jouer de la harpe et à chanter les louanges de l’Éternel, reposaient inertes sur leurs genoux. Le fleuve coulait lentement, comme indifférent à leur douleur, ses eaux reflétant les lueurs dorées du crépuscule.
Ces hommes et ces femmes étaient les exilés de Juda, arrachés à leur terre bien-aimée, à Jérusalem, la ville sainte, la cité de Dieu. Ils avaient été emmenés de force par les Babyloniens, leurs vainqueurs impitoyables, après la chute de leur royaume. Le temple de Salomon, ce lieu sacré où ils avaient adoré l’Éternel, avait été réduit en cendres. Les murs de Jérusalem, autrefois imprenables, gisaient en ruines. Et maintenant, ils étaient ici, dans un pays étranger, loin de tout ce qu’ils avaient connu et aimé.
Parmi eux se trouvait un homme nommé Éliakim. Il était l’un des chantres du temple, un lévite dont la voix avait autrefois résonné sous les voûtes sacrées. Mais aujourd’hui, sa voix était silencieuse. Il regardait les saules qui bordaient le fleuve, leurs branches pendantes semblant pleurer avec eux. Les Babyloniens, cruels dans leur victoire, avaient exigé que les exilés chantent pour eux, qu’ils entonnent les cantiques de Sion, ces chants sacrés qui parlaient de la gloire de Dieu et de la beauté de Jérusalem.
Mais comment pouvaient-ils chanter les louanges de l’Éternel dans un pays impie ? Comment pouvaient-ils évoquer la sainteté de Sion alors que leurs cœurs étaient brisés par le deuil et l’humiliation ? Éliakim se tourna vers ses compagnons, et dans un murmure à peine audible, il dit : « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite m’oublie ! Que ma langue s’attache à mon palais si je ne me souviens de toi, si je ne fais de Jérusalem le principal sujet de ma joie. »
Ses paroles résonnèrent dans le silence, et un frisson parcourut l’assemblée. Les autres exilés hochèrent la tête, leurs yeux remplis de larmes. Ils se souvenaient. Ils se souvenaient des rues pavées de Jérusalem, des cris joyeux des enfants jouant près des portes de la ville. Ils se souvenaient des fêtes solennelles, où tout le peuple se rassemblait pour adorer l’Éternel. Ils se souvenaient du temple, avec ses autels d’or et ses chandeliers étincelants, où la présence de Dieu semblait si tangible.
Mais ici, à Babylone, tout était différent. Les Babyloniens adoraient des idoles de pierre et de bois, des dieux muets et impuissants. Leurs chants étaient des hymnes à la vanité et à la puissance terrestre. Et pourtant, ces mêmes Babyloniens exigeaient que les exilés de Juda chantent pour eux, qu’ils divertissent leurs ravisseurs avec les cantiques sacrés de Sion.
Un soldat babylonien, vêtu d’une armure étincelante, s’approcha d’eux. Son visage était dur, ses yeux froids et méprisants. « Chantez-nous un des cantiques de Sion », ordonna-t-il d’une voix tonitruante. Les exilés se regardèrent, leurs cœurs remplis d’amertume. Comment pouvaient-ils chanter les louanges de l’Éternel dans un tel lieu, devant de tels hommes ?
Éliakim se leva lentement, ses jambes tremblantes sous le poids de son chagrin. Il regarda le soldat droit dans les yeux et dit d’une voix ferme : « Comment chanterions-nous les cantiques de l’Éternel sur une terre étrangère ? » Sa voix, bien que faible, était pleine de conviction. Le soldat ricana, mais il ne dit rien. Il se contenta de hausser les épaules et de s’éloigner, laissant les exilés à leur douleur.
La nuit tomba, et les étoiles apparurent une à une dans le ciel sombre. Les exilés restèrent assis au bord du fleuve, leurs cœurs tournés vers Jérusalem. Ils prièrent en silence, demandant à l’Éternel de se souvenir d’eux, de les délivrer de leur captivité. Ils se souvenaient des paroles des prophètes, qui avaient annoncé que l’Éternel ne les abandonnerait pas, qu’un jour, ils retourneraient dans leur pays.
Éliakim regarda les étoiles, et dans son cœur, il fit une promesse solennelle. « Ô fille de Babylone, la dévastée, heureux qui te rendra la pareille, ce que tu nous as fait ! Heureux qui saisira tes petits enfants et les écrasera contre le roc. » Ses paroles étaient dures, pleines de colère et de douleur, mais elles reflétaient la profondeur de son désespoir. Il savait que l’Éternel était un Dieu de justice, et il croyait que, tôt ou tard, les méchants seraient punis.
Les années passèrent, et les exilés continuèrent à vivre à Babylone, portant toujours dans leurs cœurs l’espoir de retourner un jour à Jérusalem. Ils apprirent à vivre dans ce pays étranger, mais ils ne cessèrent jamais de prier pour leur délivrance. Et un jour, leur prière fut exaucée. Cyrus, le roi de Perse, conquit Babylone et permit aux exilés de retourner dans leur pays. Ils rebâtirent Jérusalem et le temple, et les cantiques de Sion résonnèrent à nouveau dans les rues de la ville sainte.
Mais même dans leur joie, ils n’oublièrent jamais les leçons apprises au bord des fleuves de Babylone. Ils se souvinrent que l’Éternel est fidèle, qu’Il entend les prières de Son peuple et qu’Il agit en Son temps. Et ils chantèrent de nouveau, non plus avec des cœurs brisés, mais avec des cœurs remplis de gratitude et d’espérance.
Ainsi, le chant des exilés devint un témoignage éternel de la fidélité de Dieu, un rappel que, même dans les moments les plus sombres, Sa présence et Sa promesse demeurent. Et à travers les siècles, les paroles du Psaume 137 continuèrent à résonner, rappelant à tous ceux qui les entendaient que l’Éternel est le Dieu de la délivrance, le Dieu qui restaure et qui console.