**La Visite de Saül chez la Sorcière d’Endor**
En ces jours-là, les Philistins rassemblèrent leurs armées pour faire la guerre à Israël. Le roi Saül, voyant les troupes ennemies se masser à Sunem, fut saisi d’une grande crainte. Son cœur tremblait, car il savait que l’Éternel s’était éloigné de lui. Depuis longtemps, il ne recevait plus de réponse de Dieu, ni par les rêves, ni par les prophètes, ni par les sorts sacrés. Saül se sentait abandonné, seul face à l’immense menace qui s’approchait.
Dans son désespoir, Saül décida de consulter une femme qui avait un esprit de divination, une sorcière, bien qu’il eût lui-même banni de son royaume tous ceux qui pratiquaient la nécromancie et la magie. Mais la peur était plus forte que ses principes. Il se déguisa en simple soldat, revêtit des habits ordinaires, et, accompagné de deux serviteurs, se rendit de nuit à Endor, où vivait cette femme.
La nuit était sombre, le vent soufflait avec force, et les ombres des arbres semblaient danser sous la lueur pâle de la lune. Saül, le visage dissimulé sous un manteau, frappa à la porte de la sorcière. La femme, méfiante, ouvrit avec hésitation. Elle savait que la pratique de la divination était punie de mort, et elle craignait un piège.
« Je t’en prie, dit Saül d’une voix étouffée, évoque pour moi un esprit, et fais-moi monter celui que je te nommerai. »
La femme, soupçonneuse, répondit : « Tu sais bien que Saül a fait disparaître du pays les nécromanciens et les devins. Pourquoi donc tends-tu un piège à ma vie pour me faire mourir ? »
Mais Saül lui jura par l’Éternel : « Aussi vrai que l’Éternel est vivant, il ne t’arrivera aucun mal pour cela. »
Rassurée, la femme demanda : « Qui veux-tu que je fasse monter ? »
Saül répondit : « Fais-moi monter Samuel. »
À ces mots, la femme poussa un cri de terreur. Elle avait vu Samuel monter de la terre, enveloppé d’un manteau. Comprenant alors que son visiteur n’était autre que le roi Saül, elle s’écria : « Pourquoi m’as-tu trompée ? Tu es Saül ! »
Le roi, troublé, lui dit : « Ne crains rien. Mais dis-moi ce que tu vois. »
La femme répondit : « Je vois un dieu qui monte de la terre. Il a l’apparence d’un vieillard, enveloppé d’un manteau. »
Saül comprit que c’était Samuel. Il se prosterna face contre terre, rempli d’une crainte mêlée de respect.
Samuel, bien que mort, parla à Saül : « Pourquoi as-tu troublé mon repos en me faisant monter ? »
Saül, tremblant, répondit : « Je suis dans une grande détresse. Les Philistins me font la guerre, et Dieu s’est retiré de moi. Il ne me répond plus, ni par les prophètes, ni par les rêves. C’est pourquoi je t’ai appelé, pour que tu me dises ce que je dois faire. »
Samuel, avec une voix grave et solennelle, lui dit : « Pourquoi donc me consultes-tu, puisque l’Éternel s’est retiré de toi et est devenu ton ennemi ? L’Éternel a fait ce qu’il avait annoncé par moi : il a arraché la royauté de tes mains et l’a donnée à un autre, à David. Parce que tu n’as pas obéi à la voix de l’Éternel et que tu n’as pas exécuté sa colère contre Amalek, l’Éternel te traite de la même manière aujourd’hui. Demain, toi et tes fils, vous serez avec moi. L’Éternel livrera aussi l’armée d’Israël entre les mains des Philistins. »
À ces mots, Saül fut saisi d’une terreur indicible. Il tomba de tout son long par terre, car les paroles de Samuel l’avaient complètement anéanti. Il n’avait plus aucune force, ni dans son corps, ni dans son esprit.
La femme, voyant l’état du roi, s’approcha et lui dit avec compassion : « Voici, ta servante a écouté ta voix ; j’ai exposé ma vie en faisant ce que tu m’as demandé. Maintenant, écoute à ton tour la voix de ta servante : permets que je te donne un peu de pain, afin que tu reprennes des forces pour continuer ton chemin. »
Saül refusa d’abord, mais ses serviteurs et la femme insistèrent. Il se leva enfin et s’assit sur le lit. La femme tua un veau gras, prit de la farine, prépara des pains sans levain, et les servit à Saül et à ses serviteurs. Ils mangèrent, puis se levèrent et partirent cette même nuit.
Le cœur de Saül était lourd, rempli d’une sombre certitude. Il savait maintenant que sa fin était proche, que la parole de Samuel s’accomplirait. Il marchait dans l’obscurité, accompagné de ses serviteurs silencieux, vers un destin inévitable.
Ainsi se termina cette nuit étrange et tragique, où un roi, désespéré et abandonné de Dieu, chercha en vain une lueur d’espoir dans les ténèbres de la divination. Mais la parole de l’Éternel est immuable, et Saül en fit l’amère expérience.