**L’histoire de Jephté : Un sacrifice et une promesse**
Dans les temps anciens, lorsque les juges gouvernaient Israël, il y avait un homme nommé Jephté, fils de Galaad. Sa mère était une femme de mauvaise vie, et ses demi-frères, nés de l’épouse légitime de Galaad, le méprisaient et le rejetèrent. Ils lui dirent : « Tu n’auras point d’héritage dans la maison de notre père, car tu es le fils d’une autre femme. » Ainsi, Jephté fut chassé de la maison paternelle et s’en alla habiter dans le pays de Tob. Là, des hommes de rien se rassemblèrent autour de lui, et ils faisaient des expéditions ensemble.
Or, après un certain temps, les Ammonites déclarèrent la guerre à Israël. Les anciens de Galaad, voyant le danger imminent, se souvinrent de Jephté, cet homme vaillant et courageux. Ils allèrent le chercher dans le pays de Tob et lui dirent : « Viens, sois notre chef, et nous combattrons contre les Ammonites. »
Jephté, surpris et peut-être un peu amer, leur répondit : « N’est-ce pas vous qui m’avez haï et qui m’avez chassé de la maison de mon père ? Pourquoi venez-vous à moi maintenant que vous êtes dans la détresse ? »
Les anciens insistèrent : « C’est précisément pour cela que nous revenons à toi. Viens avec nous, sois notre chef, et nous te ferons chef sur tous les habitants de Galaad. »
Jephté, après avoir réfléchi, accepta. Mais avant de partir à la guerre, il fit une chose inhabituelle : il prononça un vœu devant l’Éternel. Il dit : « Si tu livres les Ammonites entre mes mains, quiconque sortira des portes de ma maison à ma rencontre, lorsque je reviendrai victorieux, sera à l’Éternel, et je l’offrirai en holocauste. »
Ainsi, Jephté partit à la guerre, et l’Éternel lui accorda une grande victoire. Les Ammonites furent vaincus, et Jephté retourna triomphant à sa maison à Mitspa. Mais alors qu’il approchait de sa demeure, sa fille, son unique enfant, sortit à sa rencontre avec des tambourins et des danses. Elle était sa joie, sa fierté, et elle était si belle, si innocente.
Lorsque Jephté la vit, son cœur se brisa. Il déchira ses vêtements et s’écria : « Ah ! ma fille, tu m’as accablé de douleur ! Tu es de ceux qui me troublent, car j’ai fait un vœu à l’Éternel, et je ne puis le révoquer. »
Sa fille, bien que bouleversée, répondit avec une dignité et une foi remarquables : « Mon père, si tu as fait un vœu à l’Éternel, traite-moi selon ce qui est sorti de ta bouche, maintenant que l’Éternel t’a vengé de tes ennemis, les Ammonites. Permets-moi seulement de passer deux mois dans les montagnes, pour pleurer ma virginité avec mes compagnes. »
Jephté lui accorda cette demande, et elle partit avec ses amies dans les montagnes. Elles y pleurèrent sa virginité, non pas parce qu’elle craignait la mort, mais parce qu’elle savait qu’elle ne connaîtrait jamais les joies du mariage et de la maternité. Après deux mois, elle retourna vers son père, et il accomplit son vœu.
Cette histoire est à la fois tragique et profondément théologique. Elle montre la gravité des vœux faits à Dieu et la nécessité de les respecter, même lorsqu’ils entraînent des conséquences douloureuses. Elle révèle aussi la foi et la soumission de la fille de Jephté, qui accepta son sort avec une grâce et une obéissance exemplaires.
Ainsi, dans tout Israël, il fut établi une coutume : chaque année, les filles d’Israël allaient célébrer la mémoire de la fille de Jephté, le Galaadite, pendant quatre jours. Et Jephté continua à juger Israël pendant six ans, avant de rejoindre ses pères dans la mort.
Cette histoire nous rappelle que les promesses faites à Dieu ne doivent pas être prises à la légère. Elle nous enseigne aussi que, même dans les moments les plus sombres, la foi et l’obéissance peuvent briller d’une lumière éclatante, comme celle de la fille de Jephté, dont le sacrifice reste gravé dans la mémoire d’Israël.