Le soleil se levait sur Jérusalem, baignant les murs de pierre d’une lumière dorée. Dans la cour du palais, Absalom se tenait près de la porte, vêtu de fin lin blanc brodé d’or. Depuis quarante jours, il se levait avant l’aube pour intercepter ceux qui venaient chercher justice auprès du roi.
« Vois-tu, » disait-il à un homme du pays d’Éphraïm venu porter plainte, « ta cause est bonne et juste, mais le roi ne t’écoutera pas. Si seulement j’étais établi juge dans le pays, tout homme ayant une contestation viendrait à moi, et je lui rendrais justice. »
Absalom tendait la main, mais refusait de porter à ses lèvres la main des suppliants, contrairement au protocole royal. Ses cheveux, dont on disait qu’il les coupait chaque année quand ils devenaient trop lourds, formaient une couronne naturelle autour de son visage anguleux. Ses yeux, couleur de miel, brillaient d’une intensité qui troublait ceux qui le regardaient.
Peu à peu, il séduisit le cœur des hommes d’Israël. Les murmures d’insatisfaction grandissaient dans les ruelles de la ville, comme un vent mauvais qui précède l’orage.
Quatre années passèrent ainsi. Un matin, Absalom demanda audience auprès de son père, le roi David. Il se présenta dans la salle du trône, s’inclinant avec une déférence étudiée.
« Permets-moi, je te prie, d’aller à Hébron pour accomplir le vœu que j’ai fait à l’Éternel, » déclara-t-il. « Quand je vivais à Gueshur en Syrie, j’ai fait ce serment : si l’Éternel me ramène à Jérusalem, je le servirai à Hébron. »
David, dont le visage portait les marques de l’âge et des épreuves, regarda longuement son fils. Une tristesse voilait ses yeux, comme s’il pressentait la trahison. « Va en paix, » répondit-il finalement.
Absalom quitta Jérusalem avec deux cents hommes qui ignoraient ses véritables intentions. Depuis des mois, des messagers secrets parcouraient le pays, transmettant ce message codé : « Quand vous entendrez le son de la trompette, dites : Absalom règne à Hébron ! »
La conspiration prit de l’ampleur. Le peuple affluait en nombre croissant vers Absalom, comme des ruisseaux se jettent dans un fleuve puissant. Le cœur des Israélites se tournait vers le fils rebelle.
Quand la nouvelle parvint à David, le vieux roi se leva lentement de son trône. Ses serviteurs le regardaient, silencieux, tandis qu’il retirait sa couronne et son manteau royal.
« Fuyons, » dit-il d’une voix brisée, « de peur qu’Absalom ne nous surprenne et ne fasse tomber le malheur sur nous. »
Le cortège quitta le palais dans la précipitation. Les gardes Ketthiens marchaient en tête, suivis de tous les serviteurs du roi. David traversa le Cédron, ses sandales foulant les eaux peu profondes du torrent. Derrière lui, Jérusalem se détachait dans la lumière du crépuscule, ses remparts semblant pleurer le départ de leur roi.
Sur le mont des Oliviers, David s’arrêta. Il montait en pleurant, la tête couverte et marchant pieds nus en signe de deuil. Tout le peuple qui l’accompagnait pleurait aussi, chaque pas les éloignant un peu plus de la cité bien-aimée.
Quand on lui annonça qu’Achitophel, son conseiller le plus sage, avait rejoint la conspiration, David leva les yeux au ciel. « Éternel, » murmura-t-il, « déjoue le conseil d’Achitophel, je t’en supplie. »
Plus loin sur la route, Tsadok et les Lévites les rejoignirent, portant l’arche de l’alliance. Mais David leur ordonna : « Ramenez l’arche de Dieu dans la ville. Si je trouve grâce aux yeux de l’Éternel, il me ramènera. »
Le roi continua son ascension, le visage ruisselant de larmes mêlées de sueur. La nouvelle de la trahison de son fils lui transperçait le cœur plus cruellement qu’une épée. Pourtant, au milieu de cette douleur, une foi tenace persistait, comme un rocher inébranlable au milieu de la tempête.
Tandis que le soleil disparaissait derrière les collines de Juda, l’ombre d’Absalom s’étendait déjà sur le royaume, tandis que David, dépouillé de tout sauf de son espérance en Dieu, poursuivait son chemin d’exil.



