Au commencement, lorsque le Très-Haut avait établi les fondements du monde, il y avait un homme nommé Éliab, dont le cœur battait au rythme des psaumes. Chaque matin, avant que l’aube ne caresse les collines de Judée, il se rendait au Temple, portant dans son âme les paroles du Psaume 92 comme un trésor précieux.
Le jour où notre histoire commence, le soleil se levait à peine sur Jérusalem, teintant les pierres dorées du sanctuaire d’une lueur céleste. Éliab, vêtu de simples habits de lin, s’agenouillait dans la cour des hommes, les mains levées vers le ciel. Sa voix, mêlée au parfum de l’encens, montait vers le Trône de la Grâce :
« Qu’il est bon de célébrer l’Éternel, et de chanter en ton nom, ô Très-Haut ! D’annoncer le matin ta bonté, et ta fidélité pendant les nuits ! »
Autour de lui, les Lévites accordaient leurs instruments à dix cordes, et la mélodie du luth résonnait sous les colonnades de marbre. Les parfums sacrés montaient en volutes bleutées vers le Saint des Saints, tandis que les chœurs entonnaient l’hymne ancien. Éliab fermait les yeux, transporté par la présence divine qui emplissait le lieu.
« Tu me réjouis par tes œuvres, Éternel ! Et je chante de joie à la vue de tes desseins. Que tes œuvres sont grandes, ô Éternel ! Que tes pensées sont profondes ! »
Soudain, ses pensées s’envolèrent vers les collines environnantes où les cèdres du Liban dressaient leurs cimes majestueuses vers le firmament. Il contemplait par la foi ces arbres centenaires, symboles de la grandeur divine, plantés dans la maison de l’Éternel, fleurissant dans les parvis de notre Dieu.
« Le juste croîtra comme le palmier, il s’élèvera comme le cèdre du Liban. Plantés dans la maison de l’Éternel, ils fleuriront dans les parvis de notre Dieu. »
Un vieux prêtre nommé Zacharie s’approcha, ses yeux sagaces percevant la ferveur du jeune homme. « Vois-tu, mon fils, » murmura-t-il en désignant les cours du Temple, « ces colonnes de cèdre qui soutiennent le portique ? Elles furent coupées dans les forêts du nord, transportées avec peine jusqu’ici. Pourtant, elles n’ont point pourri, leurs veines sont encore pleines de sève. Ainsi en est-il de l’homme qui demeure en Dieu. »
Éliab écoutait, son âme s’imprégnant de la sagesse ancienne. Il méditait sur la fin des méchants, ces épines sèches que le vent emporte, ces herbes folles qui croissent un matin pour se faner au couchant. Combien différent était le sort de ceux qui mettent leur confiance en l’Éternel !
« Ils portent encore des fruits dans la vieillesse, ils sont pleins de sève et verdoyants, pour annoncer que l’Éternel est juste. Il est mon rocher, et il n’y a point en lui d’iniquité. »
Les années passèrent comme les saisons sur les montagnes de Sion. Éliab devint un sage respecté, son visage marqué par les intempéries mais son cœur resté jeune comme aux premiers jours. Il avait connu les tempêtes de l’existence : la perte de ses parents, les sécheresses qui avaient brûlé les récoltes, les menaces des nations voisines. Pourtant, chaque épreuve n’avait fait qu’enraciner plus profondément sa foi.
Un soir d’hiver, alors que les premières pluies bénies arrosaient la terre desséchée, Éliab réunissait ses petits-enfants autour du foyer. Ses cheveux blancs ressemblaient à la neige sur le mont Hermon, mais ses yeux brillaient d’une jeunesse éternelle.
« Mes enfants, » dit-il d’une voix qui portait la sagesse des années, « j’ai vu les méchants fleurir comme l’herbe des champs. J’ai contemplé tous les ouvriers d’iniquité qui semblaient prospérer. Mais leur gloire était comme la fleur des champs, brillante le matin et fanée le soir. »
Il se leva avec difficulté, s’appuyant sur un bâton de cèdre qu’un pèlerin lui avait offert. « Regardez par la fenêtre. Voyez-vous ce vieux palmier dans notre cour ? Il a survécu à trois sécheresses, ses racines plongent profondément dans la source cachée. Ainsi en est-il de l’homme dont la vie est enracinée en Dieu. »
Ses petits-enfants écoutaient, captivés, tandis que la pluie douce tambourinait sur le toit de terre cuite. Éliab leur raconta comment, jeune homme, il avait failli succomber à la colère lorsque des voisins injustes avaient tenté de s’emparer de son héritage. « Mais je me suis souvenu des paroles du psaume : « Tous tes ennemis périront, Éternel, tous les ouvriers d’iniquité seront dispersés. » Et en effet, leur maison est aujourd’hui en ruines, tandis que la nôtre demeure. »
Quand vint le temps pour Éliab de rejoindre ses pères, toute la communauté pleura sa disparition. Mais au-delà des larmes, ils célébraient une vie qui avait porté du fruit jusqu’au dernier souffle, comme ces cèdres du sanctuaire qui, même morts, continuaient à embaumer le bois sacré de leur parfum.
Et chaque matin, lorsque le soleil se lève sur Jérusalem, on peut encore entendre ses descendants chanter le Psaume 92, leurs voix portées par le vent qui caresse les branches des vieux cèdres, témoins silencieux de la fidélité éternelle de Celui qui planta le premier jardin et qui fait fleurir toute justice.




