Voici une histoire biblique détaillée inspirée de l’Ecclésiaste 7, racontée dans le style narratif des Écritures :
Au temps où la sagesse régnait encore à Jérusalem, un vieil homme aux épaules voûtées par les saisons s’assit à l’ombre du figuier qui ombrageait sa cour. Ses yeux, pareils à des puits creusés par les pluies de nombreux hivers, contemplaient les jeunes gens qui se pressaient vers la maison de festin. Le son des lyres et des tambourins parvenait jusqu’à lui, porté par le vent chaud du désert.
« Une bonne renommée vaut mieux que le parfum précieux, murmura-t-il en essuyant la poussière sur un rouleau de parchemin. Le jour de la mort vaut mieux que le jour de la naissance. »
Il se souvint alors du jour où il avait accompagné son voisan au champ des tombeaux. La procession funèbre avançait lentement, les pleureuses psalmodiant des lamentations qui semblaient épouser les contours des collines. Les visages étaient graves, les cœurs pesants comme des pierres de meule. Dans cette maison de deuil, il avait perçu une vérité plus profonde que dans toutes les fêtes de son adolescence.
« Mieux vaut aller dans une maison de deuil que dans une maison de festin, car c’est là la fin de tout homme, et celui qui vit prend la chose à cœur. »
Le vieillard ferma les yeux, se remémorant les paroles de son propre père, prononcées alors que la fièvre l’emportait vers ses ancêtres : « La tristesse vaut mieux que le rire, car avec un visage attristé, le cœur devient bon. »
Un groupe de jeunes hommes passa près de sa cour, leurs rires résonnant comme des grelots d’or. L’un d’eux portait une couronne de fleurs fraîchement tressée, un sourire insouciant aux lèvres.
« Le cœur des sages est dans la maison de deuil, mais le cœur des insensés dans la maison de joie », soupira le vieil homme.
Il se leva péniblement et se dirigea vers l’atelier où ses fils travaillaient le bois d’olivier. L’odeur de la sciure fraîche se mêlait à celle de l’huile d’onction. L’un de ses fils, impatient, frappait le bois avec trop de vigueur.
« Mieux vaut entendre la réprimande du sage que d’entendre le chant des insensés, dit le père en posant une main calleuse sur l’épaule du jeune homme. Car le rire des insensés ressemble au pétillement des épines sous la marmite, mais cela aussi est vanité. »
Le soleil atteignit son zénith, et l’ombre du figuier se fit plus courte. Le vieillard retourna s’asseoir, déroulant le parchemin jusqu’aux mots qu’il avait tracés lors de la dernière récolte.
« L’oppression rend fou le sage, et les présents corrompent le cœur. Mieux vaut la fin d’une chose que son commencement, mieux vaut un esprit patient qu’un esprit hautain. »
Il se souvint du jour où le roi avait convoqué les anciens pour juger une affaire délicate. Un homme riche avait offert des sacs d’argent pour faire condamner son rival. La colère avait failli emporter la sagesse des juges, mais l’un d’eux avait rappelé : « Ne sois pas prompt à la colère, car la colère repose dans le sein des insensés. »
Le vent se leva, apportant l’odeur des premiers grains d’orge grillés. Le vieillard sentit ses jointes le faire souffrir, rappel silencieux que sa propre fin approchait.
« Ne dis pas : D’où vient que les jours passés étaient meilleurs que ceux-ci ? Car ce n’est point par sagesse que tu demandes cela. »
Il regarda le soleil décliner derrière les collines de Judée, teintant le ciel de pourpre et d’or. La sagesse, compagne fidèle de ses vieux jours, lui avait enseigné que la justice et la sagesse demeuraient parfois cachées.
« J’ai examiné toutes choses selon la sagesse, dit-il à voix basse. J’ai dit : Je serai sage, mais la sagesse s’est éloignée de moi. Loin de moi ce qui est loin, profond, profond, qui peut le trouver ? »
Une étoile solitaire apparut à l’orient. Le vieillard rangea son parchemin, sentant le poids de ses années et de ses recherches.
« Voici ce que j’ai trouvé, dit-il en regardant le ciel maintenant constellé d’étoiles. Dieu a fait les hommes droits, mais ils ont cherché beaucoup de détours. »
La lune se leva, argentant les feuilles du figuier. Dans le lointain, on entendait encore les rires des festins, mais le vieillard savait désormais que la véritable sagesse résidait dans la crainte de l’Éternel, dans l’acceptation des jours que Dieu donne, dans la conscience que toute chose sous le soleil a son temps, et que la fin de toute chose vaut mieux que son commencement.




