Bible Sacrée

La leçon de sainteté

Le soleil levant accrochait des paillettes de lumière sur les toits de branchages du camp. Une brise légère apportait l’odeur du feu de bois et de la terre humide. Assis sur un tabouret bas devant sa tente, le vieux Éliézer observait son petit-fils, Mica, qui tentait de capturer un lézard agile près d’un tas de pierres.

— Laisse, Mica, ce n’est pas pour nous, dit doucement Éliézer.

L’enfant se retourna, les sourcils froncés.
— Pourquoi, grand-père ? Il est pourtant rapide, il a l’air fort.

Éliézer étira sa main ridée vers une outre d’eau, but une gorgée, puis essuya sa barbe grise.
— Le Seigneur nous a parlé, Mica. Il nous a montré le chemin de la sainteté jusque dans notre assiette. Ce lézard, comme beaucoup d’autres bêtes, ne doit pas être touché pour la nourriture.

Mica s’approcha, intrigué. Il s’assit en tailleur sur le sol poussiéreux, ses yeux noirs fixant son aïeul.
— Comment savoir, alors ? Comment se rappeler de toutes les bêtes interdites ?

Le vieil homme ferma les yeux un instant, comme pour puiser dans le souvenir des paroles divines.
— Écoute, mon enfant. Parmi les animaux de la terre, tu mangeras ceux qui ont le sabot fendu et qui ruminent. Le mouton, la chèvre, la vache… Tu les connais. Mais le porc, lui, a le sabot fendu, oui, mais il ne rumine pas. Alors il est impur pour toi. Tu ne mangeras pas de sa viande, tu n’en toucheras pas la carcasse.

Mica hocha la tête lentement.
— Et les bêtes qui rampent ? Comme ce lézard ?

— Celles qui marchent sur leurs pattes, qui ont quatre pieds ou plus, et qui se traînent… elles sont impures. Le serpent, le rat, la belette, le lézard comme celui que tu voulais attraper. Leur contact même te rendrait impur jusqu’au soir.

Le garçon regarda au loin, vers les collines où paissaient des chèvres.
— Et les oiseaux, grand-père ?

— Ceux que le Seigneur nous a défendus, ce sont les rapaces, les charognards. L’aigle, le vautour, le corbeau… Ceux qui se nourrissent de mort et de violence. Mais la colombe, la caille, la perdrix… celles-là, nous pouvons les manger. Leur vol est pur, leur chant est doux à l’oreille de l’Éternel.

Un silence s’installa, rempli seulement par le bourdonnement des insectes et les voix lointaines des femmes près du puits.

— Et dans l’eau ? demanda Mica après un moment. Est-ce que je peux manger tous les poissons ?

Éliézer sourit, heureux de la soif d’apprendre de son petit-fils.
— Dans les rivières et les mers, tu prendras ceux qui ont des nageoires et des écailles. La carpe, la truite, le mulet… Ceux-là, tu peux les manger. Mais tout ce qui n’a pas de nageoires et d’écailles… la pieuvre, la crevette, l’anguille… c’est une abomination pour toi. Leur chair n’est pas pour le peuple saint.

Mica réfléchissait, comptant sur ses doigts.
— Alors… presque tout ce qui vole est pur, sauf les oiseaux de proie. Tout ce qui nage est pur, s’il a des écailles. Et sur terre…

— Sur terre, c’est plus complexe, acquiesça Éliézer. Il faut regarder les sabots et la rumination. Mais il y a aussi les petites bêtes : les sauterelles, les criquets, les grillons… celles-là, tu peux les manger. Elles sautent sur la terre, mais elles sont pures. Elles ne rampent pas, elles bondissent.

Le visage de Mica s’éclaira.
— Comme celle que j’ai attrapée hier !

— Oui, mon fils. Comme celle que tu as attrapée hier.

Le vieil homme se leva avec lenteur, les articulations craquant légèrement. Il posa une main sur l’épaule de Mica.
— Ce n’est pas seulement une question de nourriture, Mica. C’est une question de sainteté. En choisissant ce que nous mangeons, nous nous rappelons chaque jour que nous sommes un peuple mis à part. Nous ne suivons pas nos envies, nous suivons la parole de Dieu. Manger, pour nous, c’est aussi obéir.

Mica regarda le lézard qui avait finalement disparu entre les pierres. Il ne le regrettait plus. Il comprenait, confusément, que chaque bête avait sa place dans la création, et que son peuple avait sa marche à suivre, tracée par une main invisible.

— Alors, même si j’avais très faim, je ne devrais pas manger du porc ?

— Même si tu avais très faim, confirma Éliézer. Car notre faim de plaire à Dieu est plus grande que notre faim de nourriture.

Le soleil était maintenant haut dans le ciel. Les ombres s’étaient raccourcies. De la tente voisine, une femme appela Mica pour le repas de midi. Il se leva, secoua la poussière de ses vêtements.

— Je vais manger, grand-père. Du pain, des olives, et un peu de fromage de chèvre.

Éliézer sourit, les yeux brillants de fierté.
— Va, mon enfant. Et souviens-toi : nous sommes ce que nous mangeons, mais nous sommes surtout ce que Dieu nous appelle à être.

Mica partit en courant, mais s’arrêta après quelques pas, revint vers son grand-père et l’embrassa rapidement avant de disparaître entre les tentes. Éliézer resta un moment immobile, regardant l’endroit où le lézard s’était caché. Il murmura une prière de remerciement pour la loi, pour la distinction, pour cette sainteté qui se vivait même dans le choix d’un repas. Puis il rentra à son tour, le cœur en paix, prêt à partager le déjeuner préparé par sa femme, un déjeuner conforme à la parole, un déjeuner saint.

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