Bible Sacrée

L’Offense et la Chute de Hanoun

Le soleil frappait durement les collines de Rabbath-Ammon, irradiant la pierre blonde des remparts. Dans la cour du palais, Nahash, roi des Ammonites, gisait sur son lit de mort, les draps déjà humides de cette sueur particulière qui précède le grand passage. Son fils Hanoun, agenouillé près de lui, sentait le poids de l’héritage lui écraser les épaules.

« Mon fils… » La voix de Nahash n’était plus qu’un souffle rauque. « David, à Jérusalem… Il m’a honoré. Dans nos vieilles querelles, il a montré de la clémence. Souviens-toi… »

Mais Hanoun n’entendit que la faiblesse dans la voix de son père. Quand le dernier souffle quitta le corps du vieux roi, ce ne fut pas la gratitude qui monta dans le cœur du jeune homme, mais cette méfiance ombrageuse qui corrode les âmes des puissants.

Les jours de deuil à peine écoulés, Hanoun convoqua ses conseillers dans la salle du trône, où l’ombre des colonnes dessinait des barreaux sur le sol de marbre.

« David envoie une délégation pour me consoler de la mort de mon père. Que pensez-vous de leurs intentions ? »

Un vieux chef militaire, la barbe grisonnante, se leva, les cicatrices sur ses bras témoignant de batailles anciennes. « Tu crois que David honore ton père ? Non ! Ces hommes qu’il envoie sont des espions. Ils viennent examiner la ville, repérer nos défenses, préparer notre perte. »

La parole, une fois lâchée, se mit à germer dans l’esprit déjà suspicieux de Hanoun. La peur est un terrain fertile pour les pires intuitions.

Quand les émissaires de David arrivèrent, vêtus de simples tuniques de deuil, Hanoun les fit saisir. Il ordonna qu’on leur rase la moitié de la barbe, qu’on leur coupe les habits à mi-corps, jusqu’aux fesses, avant de les chasser de la ville comme des chiens galeux.

La honte fut plus cuisante que les coups. Les hommes de David, le visage défiguré, les parties intimes exposées aux rires des gardes, marchèrent ainsi jusqu’à la frontière, brûlants de confusion. Ils n’osèrent pas rentrer directement à Jérusalem dans cet état. Depuis Jéricho, ils envoyèrent un message à David, décrivant leur humiliation.

À Jérusalem, quand la nouvelle parvint au roi, un silence de pierre tomba sur la salle du trône. David, assis, les poings serrés sur les accoudores du siège, regardait au-delà des murs, vers ces collines où son ami Jonathan était tombé. Puis, d’une voix basse mais claire, il dit : « Restez à Jéricho jusqu’à ce que votre barbe ait repoussé. Ensuite, vous reviendrez. »

Mais il savait que l’affaire ne s’arrêterait pas là. L’offense était trop grave. Les Ammonites, conscients de la tempête qu’ils avaient provoquée, levèrent une armée. Ils recrutèrent des mercenaires syriens de Beth-Rehob et de Tsoba — trente-deux mille chars, une mer d’acier et de bois qui scintillait sous le soleil — ainsi que le roi de Maaca avec son peuple. Ils prirent position devant Médéba, une plaine ouverte idéale pour le déploiement de leurs terribles chars de guerre.

Quand les rapports arrivèrent à David, il ne se contenta pas de lever une armée. Il appela Joab, le commandant endurci par cent batailles, et lui confia le commandement de toutes les troupes d’élite.

Joab partit donc à la tête de l’armée d’Israël. En approchant de Médéba, il vit le déploiement de l’ennemi : les Ammonites s’étaient positionnés devant la ville, formant un mur de boucliers et de lances, tandis que les Syriens, avec leurs chars immenses, se tenaient en rase campagne, prêts à encercler les Israélites.

Joab comprit le piège. Se battre sur deux fronts. L’étau se refermerait rapidement. Alors, cet homme rude, qui parlait plus souvent avec son épée qu’avec des paroles, fit preuve d’une clairvoyance stratégique remarquable.

Il choisit ses meilleurs soldats, les plus aguerris, les plus inflexibles. Il les plaça en face des Syriens, cette force d’élite devant contrer la menace la plus mortelle : les chars. Le reste de l’armée, sous le commandement de son frère Abishaï, fut positionné face aux Ammonites.

Puis Joab, d’une voix qui portait sur toute la plaine, cria à son frère : « Si les Syriens sont trop forts pour moi, tu viendras à mon secours. Et si les Ammonites sont trop forts pour toi, c’est moi qui viendrai t’aider. Sois fort et montrons-nous courageux, pour notre peuple et pour les villes de notre Dieu. Et que l’Eternel fasse ce qui lui semble bon ! »

Ce dernier mot résonna étrangement dans la bouche de ce guerrier. Une brève ouverture vers le Ciel dans le vacarme de la guerre imminente.

La bataille s’engagea dans un fracas épouvantable. Joab et ses hommes se ruèrent sur les lignes syriennes. Ils ne tentèrent pas de former un front cohérent, mais se jetèrent au cœur du dispositif ennemi, entre les chars, là où les lourds véhicules étaient le plus vulnérables. C’était un combat d’une sauvagerie inouïe. Les Israélites, agiles et déterminés, tranchaient les jarrets des chevaux, embrochaient les conducteurs de chars, transformant l’avantage syrien en un chaos sanglant.

Voyant leurs alliés céder, les Ammonites perdirent courage. Ils n’osèrent pas affronter la furie d’Abishaï et se replièrent en désordre vers la ville, abandonnant le champ de bataille.

Les Syriens, humiliés par cette défaite face à une infanterie qu’ils méprisaient, rassemblèrent leurs forces. Hadarézer, leur roi, fit appel à des renforts venus de l’autre côté de l’Euphrate. Une nouvelle armée, plus grande encore, se mit en marche, commandée par Shophach, le général en chef.

Quand David l’apprit, il comprit que la menace n’était pas éteinte, mais attisée. Il prit personnellement le commandement de toutes les forces d’Israël. Il traversa le Jourdain, marcha à la rencontre des Syriens, et les affronta à Hélam.

Cette fois, ce ne fut pas une bataille de ruse et de mouvement, mais un choc frontal de deux volontés. David, le berger devenu roi, le psalmiste devenu guerrier, mena la charge. Les Israélites, galvanisés par la présence de leur roi, se battirent avec une fureur divine. Ce fut un massacre. Les Syriens perdirent sept mille chars et quarante mille hommes de pied. Shophach lui-même, le commandant en chef, tomba sous les coups des gardes de David.

Les rois vassaux des Syriens, ceux qui dépendaient de Hadarézer, virent leur armée anéantie. Ils firent la paix avec David et se soumirent. Ils ne osèrent plus jamais porter secours aux Ammonites.

L’année suivante, au retour de la saison des guerres, Joab revint avec son armée et acheva ce qui avait été commencé. Il marcha sur Rabbath-Ammon, l’assiégea, et la réduisit en ruines. La ville qui avait humilié les messagers de la paix porta le prix de son orgueil.

Ainsi, l’offense née de la méfiance d’un jeune roi précipita la chute de son royaume. Et dans le récit de ces batailles, on retint la parole de Joab, ce soldat rude qui, au moment de l’épreuve, avait su remettre l’issue entre les mains de l’Eternel : « Que l’Eternel fasse ce qui lui semble bon. » Une fragile prière au cœur du carnage, qui rappelait que derrière les stratégies des hommes et le choc des épées, une autre volonté, plus ancienne et plus silencieuse, mène l’histoire.

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