Bible Sacrée

Le Refuge du Temps

La pierre était froide sous ses genaux, usée par des générations de fidèles. Une brise légère faisait danser les feuilles d’oliviers dans la pénombre du soir, et le vieil homme ferma les yeux, laissant le murmure du vent lui rappeler des prières oubliées. Depuis l’enfance, il avait cherché refuge ici, dans cette cour du temple où l’ombre des colonnes dessinait des abris éphémères.

« En toi, ô Éternel, j’ai mon refuge… » Les mots lui vinrent naturellement, comme l’eau d’une source profonde. Il les avait prononcés pour la première fois alors qu’il n’était qu’un enfant, blotti contre sa mère alors que les armées étrangères campaient aux portes de la ville. Elle lui avait chuchoté ce psaume, une mélopée douce et ferme dans la nuit troublée. Maintenant, à quatre-vingt-dix ans passés, ces paroles étaient devenues les racines mêmes de son âme.

Il se souvint des années de vigueur, quand ses mains pouvaient encore soulever des pierres et que ses jambes le portaient sans fatigue jusqu’aux collines de Judée. Même alors, il avait senti cette dépendance, ce besoin viscéral d’un appui plus solide que ses propres forces. Un matin, alors qu’il aidait son père à récolter les figues, une branche avait cédé sous son poids. Dans sa chute, il avait attrapé une grosse branche inférieure, ses doigts s’y agrippant désespérément. Son père l’avait rattrapé de justesse. Plus tard, en silence, son père avait gravé sur le mur de la maison : « Sois mon rocher, ma forteresse. »

Les années avaient passé, apportant leur lot d’épreuves. Une sécheresse qui avait brûlé les récoltes. La maladie qui avait failli emporter sa femme. Les rumeurs de guerre, toujours. À chaque fois, il était revenu ici, dans ce coin de cour, pressant son front contre la pierre fraîche. « Ne me rejette pas au temps de la vieillesse, ne m’abandonne pas quand mes forces déclinent. » La prière n’était jamais restée sans écho. Pas de façon spectaculaire, non, mais par de petites touches : une pluie inespérée au troisième jour de jeûne, la fièvre de sa femme qui tombait soudain, une trêve inattendue signée entre deux tribus.

Maintenant, la vieillesse était là, tangible. Ses mains tremblaient légèrement en tenant le rouleau des Écritures. Ses yeux peinaient à distinguer les caractères à la lumière déclinante. Mais une autre forme de vision s’était aiguisée. Il voyait la fidélité de Dieu tissée dans le fil de sa vie, comme les motifs complexes d’un tapis persan. Chaque épreuve, chaque joie, avait été un nœud dans ce tissage, contribuant à un dessin plus grand que sa propre compréhension.

Un groupe d’enfants passa en courant, leurs rires cristallins rompant le silence. L’un d’eux trébucha et tomba près de lui. Le vieil homme tendit la main pour aider le garçon à se relever. L’enfant le regarda avec des yeux grands ouverts, puis repartit en courant. Cela lui rappela sa propre descendance, ses petits-enfants, ses arrière-petits-enfants. « Ô Dieu, tu m’as instruit dès ma jeunesse, et jusqu’à présent j’annonce tes merveilles. » C’était cela, le véritable héritage. Pas les terres ou les biens, mais cette histoire de fidélité qu’il pouvait transmettre.

Le soleil commençait à disparaître derrière les collines, teintant le ciel de pourpre et d’or. Sa respiration se fit plus calme. Les doutes qui l’avaient parfois assailli – et Dieu n’en était-Il pas fatigué, de ses demandes répétées ? – se dissipaient dans la paix du crépuscule. La présence divine n’était pas dans le tonnerre ou les éclairs, mais dans cette quietude grandissante, cette assurance qui venait non de ses propres forces, mais de Celui qui ne change pas.

« Je dirai sans cesse ta justice et ton salut, car j’en ignore le nombre. » Les mots résonnaient différemment maintenant. Ce n’était plus une supplication, mais une déclaration. Même si ses forces le trahissaient, même si sa mémoire flanchait, la justice de Dieu demeurerait. Son salut était une réalité plus concrète que la pierre sous ses mains.

Quand les étoiles commencèrent à poindre dans le ciel assombri, il se leva avec difficulté, s’appuyant sur son bâton. Chaque pas vers sa maison était une louange. Demain, il reviendrait. Et chaque jour qu’il lui restait, il continuerait à raconter. Pas avec éloquence peut-être, mais avec la conviction de celui qui a été porté toute sa vie. La nuit tombait doucement sur Jérusalem, et dans son cœur, la paix veillait, plus forte que les ténèbres.

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