Bible Sacrée

L’aube du souvenir divin

Le jour se levait à peine sur Jérusalem. Une brume légère flottait encore entre les maisons de pierre, et le parfum du pain frais se mêlait à l’odeur de la rosée. Dans la pénombre de sa modeste demeure, Élyakim se tenait debout près de la fenêtre étroite, les mains jointes. Il avait passé la majeure partie de la nuit à méditer, et maintenant, au moment où la lumière commençait à percer, les mots du psaume lui revenaient, non comme une récitation, mais comme une respiration.

« Louez le Seigneur, louez le nom du Seigneur… »

Sa voix était rauque, usée par les années. Il ne chantait pas vraiment, il parlait à son Dieu, comme un fils parle à son père après une longue absence. Sa femme, Anne, dormait encore. Il pouvait entendre son souffle régulier, paisible. Cela aussi faisait partie de la louange – ce repos, cette confiance.

Il se souvint des récits de son enfance, des histoires que son grand-père lui racontait près du feu. Des histoires de l’Égypte, des ténèbres épaisses qui avaient englouti le pays, des sauterelles, de la grêle, et du fleuve changé en sang. « Ce n’était pas de la magie, Elyakim, » disait le vieil homme en secouant la tête. « C’était le doigt de l’Éternel. Un doigt qui écrit la délivrance de son peuple. » Il revoyait les yeux brillants de son aïeul, pleins d’une crainte joyeuse.

Et puis les rois. Sihôn, le roi des Amoréens, fort comme un chêne, sûr de sa puissance. Og, le roi de Basan, dont le lit de fer était encore montré aux voyageurs comme une curiosité sinistre. Des géants, des hommes dont le nom seul faisait trembler. Et pourtant, ils étaient tombés. Leur force n’avait été qu’un souffle face au vent de la volonté divine. Leurs terres étaient devenues l’héritage d’Israël, un don pur, immérité.

Élyakim quitta la fenêtre et se dirigea lentement vers l’atelier attenant à la maison. Il était potier. Ses mains, couvertes de fines cicatrices et de traces d’argile séchée, caressèrent une cruche presque terminée. Elle était lourde, imparfaite, mais elle avait sa forme, son utilité. Il pensa aux idoles des nations voisines, ces statues d’or et d’argent, façonnées avec un art consommé. Des bouches qui ne parlent pas, des yeux qui ne voient pas. Des objets de métal, sourds et muets, auxquels des hommes intelligents vouaient leur vie. L’absurdité de cela le fit presque sourire, un sourire triste. Son Dieu, à lui, n’était pas façonné. C’était Lui le façonneur. L’argile ne dit pas au potier : « Que fais-tu ? » Et Israël était l’argile entre Ses mains. Une argile souvent rebelle, mais toujours aimée.

Le soleil était maintenant haut, et la chaleur commençait à emplir la pièce. Anne s’était réveillée et préparait le repas. Elle lui lança un regard complice. Elle connaissait ses matinées de silence et de recueillement.

« Tu as parlé avec Lui ? » demanda-t-elle simplement, en posant du fromage et des olives sur la table.

« Il m’a parlé, » corrigea doucement Élyakim. « Dans le silence. Dans le souvenir. Dans cette cruche. »

Ils mangèrent en silence, un silence comfortable, rempli de la présence de l’autre et de Celle qu’ils servaient tous deux.

Plus tard, Élyakim se rendit au Temple. La foule était déjà dense, les pèlerins affluaient des cours extérieures vers l’intérieur. Les Lévites commençaient leurs chants. Et quand la voix de l’un d’eux s’éleva, claire et forte, pour entonner le psaume, ce ne furent pas des mots nouveaux pour Élyakim. C’était l’écho de sa propre méditation, porté par une centaine de poitrines.

« Louez le Seigneur, car il est bon ! Chantez en l’honneur de son nom, car il est doux ! Car l’Éternel s’est choisi Jacob, Israël pour sa possession. »

Élyakim ferma les yeux. Il ne voyait plus les murs de pierre, ni la foule. Il voyait le désert. Il voyait les plaies d’Égypte. Il voyait les rois défaits. Il sentait la terre promise sous ses pieds, cette terre qui produisait le blé et l’olive qui étaient sur sa table. Il entendait le vent dans les montagnes de Basan, un vent qui soufflait librement sur un pays qui était maintenant le sien.

La voix du Lévite continua, énumérant les œuvres de Dieu, et chaque phrase était comme un coup de pinceau ajoutant une couleur à un tableau immense et vivant. Ce n’était pas une liste. C’était une histoire. Son histoire. L’histoire de son peuple.

Quand le chant s’acheva, il resta un long moment immobile, les paupières toujours closes. La louange n’était pas qu’un chant, c’était une reconnaissance. C’était se souvenir que tout, absolument tout – le souffle dans ses poumons, l’argile sous ses doigts, la femme à ses côtés, la paix sur Jérusalem – était un don.

Il rouvrit les yeux. Le monde autour de lui était le même, et pourtant tout était différent. Chaque pierre, chaque visage, était imprégné de la présence de Celui qui tient la foudre dans Sa main et la bonté dans Son cœur. Il se tourna pour rentrer chez lui, pour reprendre son travail, pour retrouver Anne. Sa démarche était légère. Il portait en lui, non le poids d’une loi, mais la douceur d’un nom.

« Louez le Seigneur, » murmura-t-il une dernière fois, non comme un ordre, mais comme une évidence. Et le nom résonna en lui, plus précieux que l’or, plus vivant que l’idole la plus ciselée. C’était le nom qui était sa maison, son héritage, et son chant.

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