Bible Sacrée

Prophétie contre la montagne de Séir

Le vent soufflait en rafales sèches sur les hauteurs de Séir, arrachant aux rochers gris une poussière âcre qui collait à la peau. Depuis des générations, les montagnes d’Édom se taisaient dans leur orgueil de pierre, défiant le ciel de leur silence immuable. Les aigles tournoyaient au-dessus des gorges profondes où l’ombre persistait même en plein midi.

Dans la caverne où il s’était retiré, Ézéchiel sentit d’abord le froid lui parcourir l’échine. Pas le froid du rocher, ni celui de la nuit tombante. Une glaciation venue d’ailleurs, qui fit se hérisser les poils de ses bras. La parole lui vint comme une lame entre les côtes, précise et tranchante.

« Fils d’homme, tourne ta face vers la montagne de Séir et prophétise contre elle. »

Le prophète se leva, les jointures blanches sur le bâton de cyprès qui lui servait d’appui. Sa voix résonna faiblement d’abord dans la grotte, puis gagna en puissance au fur et à mesure que les mots lui étaient donnés.

« Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel : Je viens contre toi, montagne de Séir. J’étendrai ma main sur toi, je ferai de toi une solitude et un désert. »

Les syllabes tombaient comme des cailloux dans le silence. Ézéchiel voyait se dérouler devant ses yeux ce qui n’était pas encore advenu : les citadelles d’Édom vidées de leurs habitants, les greniers à blé remplis de poussière, les citernes asséchées. La mémoire lui revenait de ces peuples cousins, issus d’Ésaü, qui avaient toujours regardé Jacob avec une haine tenace.

« Parce que tu as entretenu une haine perpétuelle, que tu as livré les enfants d’Israël à l’épée, au temps de leur détresse, au temps où leur iniquité prenait fin… »

Le prophète se souvint des cris montant des routes de Judée, quand les fuyards cherchaient refuge et se faisaient égorger aux défilés d’Édom. La soif du sang versé semblait imprégner jusqu’aux rochers rouges de la montagne.

Sa voix se fit plus grave, charriant une tristesse ancienne.

« C’est pourquoi, je suis vivant ! dit le Seigneur, l’Éternel, je te préparerai selon ta haine et selon la jalousie dont tu as agi contre eux. Je me ferai connaître à toi quand je te jugerai. »

Les mots maintenant coulaient comme un torrent dévalant la pente, inarrêtables. Ézéchiel sentait dans sa bouche le goût du jugement, âpre comme les baies sauvages qui poussaient entre les fissures du basalte.

« Tu sauras que je suis l’Éternel. J’ai entendu tous les outrages que tu as proférés contre les montagnes d’Israël, en disant : « Elles sont dévastées, elles nous sont données pour les dévorer. » »

La prophétie se précisait, terrible dans sa justesse. Les Édomites avaient cru le malheur de Juda être leur opportunité, avaient compté sans la mémoire longue du Dieu d’Israël. Ils avaient oublié que les collines de Judée portaient encore l’empreinte des pas du Très-Haut.

« Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel : Tout le pays se réjouira quand je ferai de toi une solitude. Tu as été un sujet d’allégresse pour la maison d’Israël, parce qu’elle était dévastée, il en sera de même pour toi. »

Le vent s’engouffra soudain dans la grotte, apportant l’odeur des genévriers brûlés. Ézéchiel ferma les yeux, voyant se superposer deux paysages : les monts de Judée reverdissant après l’exil, et les crêtes d’Édom retournant au chaos primordial.

« Je traiterai selon ta colère et selon ta jalousie, tu subiras mes jugements. Ils sauront que je suis l’Éternel. »

Le dernier mot résonna longtemps dans la pénombre. Le prophète resta immobile, les paumes ouvertes, tandis que le souffle prophétique se retirait de lui. Dehors, les étoiles s’allumaient une à une au-dessus des montagnes endormies. Rien n’avait changé, et pourtant tout était déjà accompli.

Il se laissa tomber sur la natte de jonc, épuisé. Dans le lointain, un loup hurla. Ézéchiel pensa aux bergers d’Édom qui, dans quelques années, chercheraient en vain leurs troupeaux dans des pâturages redevenus désert. La parole avait été prononcée. Elle cheminerait maintenant vers son accomplissement, inéluctable comme la saison qui tourne.

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