Le ciel était lourd ce jour-là, d’un gris de cendre et de plomb. Une chape de chaleur étouffante pesait sur la ville de Ninive, comme si le souffle même du désert retenait son haleine. Sur les hauteurs, un homme se tenait debout, les yeux rivés vers l’horizon embrumé. Il s’appelait Nahum, et la parole de l’Éternel était venue à lui, brûlante et inévitable comme un vent du sud.
Il n’y avait pas de douceur dans ce qu’il voyait, pas de consolation dans le message qu’il portait. L’Éternel est un Dieu jaloux, lui avait-il été révélé, et il se souvient longtemps de ses griefs. Il ne laisse pas le coupable impuni. Nahum sentait la colère divine comme une force tellurique, un grondement sourd sous les fondations du monde. Ce n’était pas une colère capricieuse, mais lente, délibérée, aussi certaine que la course du soleil.
Il commença à décrire ce qu’il percevait, non pas avec des cris, mais d’une voix grave, presque lasse. L’Éternel, dit-il, marche dans la tempête et dans l’ouragan. Les nuées sont la poussière soulevée par ses pas. Il menace la mer, et la voilà qui se dessèche ; il touche un fleuve, et le fleuve tarit. Le Bashan et le Carmel dépérissent, la fleur du Liban se fane. Devant lui, les montagnes tremblent, les collines se fondent, la terre se soulève, et le monde avec tous ses habitants.
Ce n’était pas un spectacle pour les faibles de cœur. Nahum voyait la fureur de Dieu se déverser comme du métal en fusion, un feu qui dévore tout sur son passage. Personne ne peut tenir devant cette indignation. Personne ne peut supporter l’ardeur de sa colère. Elle se répand comme un feu, et les rochers se brisent devant lui.
Pourtant, au milieu de cette description terrifiante, une faille de lumière apparaissait. L’Éternel est bon, murmura Nahum, comme se parlant à lui-même. Il est un abri au jour de la détresse. Il connaît ceux qui se confient en lui. Ce n’était pas une contradiction, mais le mystère même de Dieu. Le même bras qui écrase les orgueilleux abrite les humbles. Le même feu qui consume Ninive réchauffe le cœur de ceux qui l’aiment.
Son regard se tourna alors vers la grande ville, étalée dans la plaine, fière et sûre d’elle-même. Ninive, la cruelle, l’oppresseur, qui avait broyé tant de peuples sous son joug. Elle croyait être éternelle, inébranlable. Ses remparts semblaient défier le ciel. Mais Nahum voyait au-delà des apparences. Il voyait le mal qui rongeait ses fondations, l’injustice qui criait vers le ciel.
Un jour viendra, annonça-t-il, la voix plus ferme, où l’Éternel détruira ses adversaires. Il les poursuivra dans les ténèbres. Ils trameront des complots contre lui, mais ce sera en vain. Ils seront entièrement consumés, comme la paille sèche dévorée par les flammes.
Il dépeignit la chute avec une précision glaçante. On entendrait le bruit des chars sur les pavés, le cliquetis des épées, les corps qui tombent en tas. Les portes des fleuves s’ouvriraient, et les palais seraient submergés, dissous. Ninive, la lionne, celle qui déchirait sans pitié, serait mise à nu, emmenée en captivité. Ses petits seraien écrasés, son nom effacé. Il n’y aura plus de semence qui porte ton nom, dit-il en direction de la ville. Je préparerai ton tombeau, car tu es méprisable.
Le message était sans appel. La puissance de l’Assyrie, si redoutée, ne serait d’aucune utilité. Ses dieux, ses prêtres, ses armées — tout cela ne serait que poussière. Car l’Éternel avait décrété sa fin. Un fardeau pèse sur Ninive, conclut Nahum, le souffle court. C’en est fait, elle est coupée, livrée.
Un silence tomba, plus lourd encore que la chaleur. La vision s’estompait. Nahum resta un moment immobile, le visage ruisselant de sueur et de larmes silencieuses. Il n’y avait pas de triomphe dans son cœur, seulement un profond sentiment de la sainteté terrible et magnifique de Dieu. Un Dieu qui juge, mais qui sauve. Un Dieu qui brise, mais qui relève.
Il se détourna enfin, et commença à descendre la colline, laissant derrière lui la ville endormie dans son illusion de sécurité, et devant lui, l’inéluctable accomplissement de la parole qu’il venait de porter. Une parole de jugement pour les uns, et pour les autres, une obscure et douloureuse promesse de délivrance.




