Bible Sacrée

Le Lion et les Chars d’Argile

La chaleur était lourde sur Jérusalem, une chaleur de plomb qui alourdissait les étoffes et collait la poussière aux sandales. Dans l’ombre étroite de sa cour, Ézéchias écoutait le rapport, les doigts crispés sur les bras de son siège. Les mots du messager, essoufflé, résonnaient comme des coups sourds : les Assyriens avancent. Ils ont pris Lakish. Ils marchent sur la ville.

Autour de lui, les conseillers parlaient avec une vivacité nerveuse. Des noms fusaient, des chiffres, des alliances. Le nom qui revenait, tel un refrain salvateur, était celui de l’Égypte. La puissance du Nil, ses chars de guerre innombrables, ses chevaux fougueux. Une délégation était déjà partie vers le sud, chargée d’or et de promesses. On parlait de cavalerie, d’alliances défensives, de traités scellés dans l’urgence. Un espoir tangible, militaire, se lisait sur certains visages. Une main de fer pour contrer une autre main de fer.

Dans le quartier silencieux de la ville, près de la porte des Tessons, un vieil homme roulait et déroulait un parchemin. La pièce était pauvre, l’odeur de l’huile de la lampe se mêlait à celle du parchemin et de la terre sèche. Isaïe sentait le poids des jours, non pas dans ses os seulement, mais dans l’air même qu’il respirait. Un poids de folie.

Il prit son stylet. La parole, cette parole intérieure, brûlante et claire, lui pressait le cœur. Il ne voyait pas les chars égyptiens. Il voyait un autre spectacle, invisible aux yeux des conseillers du roi.

Il écrivit, d’une écriture ferme et inégale, traçant les caractères comme on grave une stèle.

*Malheur à ceux qui descendent en Égypte pour chercher du secours, qui s’appuient sur les chevaux, et mettent leur confiance dans les chars, parce qu’ils sont nombreux, et dans les cavaliers, parce qu’ils sont très puissants, mais qui ne regardent pas vers le Saint d’Israël, et ne recherchent pas l’Éternel.*

Le bruit de la ville, anxieux, lui parvenait en sourdine. Il imaginait ces hommes, habillés de fin lin, franchissant à la hâte les frontières du désert, porteurs de leur peur dorée. Ils plaçaient leur foi dans le hennissement des étalons et le cliquetis des harnais. Une foi tangible, bruyante, poussiéreuse. Une foi qui sentait la sueur du cheval et le métal.

Il poursuivit, et sa vision se fit plus précise, terrible dans sa simplicité.

*L’Égyptien n’est qu’un homme, et non un dieu ; ses chevaux ne sont que chair, et non esprit. Quand l’Éternel étendra la main, celui qui apporte du secours trébuchera, et celui qui est secouru tombera, et tous ensemble ils périront.*

Sous sa plume, l’image se dessinait : la fragilité absolue de la puissance humaine. Le char se briserait, le cavalier s’effondrerait, non sous le nombre, mais sous le simple souffle de l’Éternel. Ils n’étaient que de la chair, tout cette armée splendide. De la chair promise à la chute. Il voyait la vanité de cet espoir, aussi vaste et aussi vide que le désert lui-même.

Puis, la voix intérieure changea de ton. La colère cédait la place à une image d’une force tranquille, presque effrayante de protection. Isaïe sentit un frisson, malgré la chaleur.

*Car ainsi m’a parlé l’Éternel : Comme le lion, comme le jeune lion rugit sur sa proie, contre lequel se rassemble une multitude de bergers, sans qu’il soit épouvanté par leur cri, sans qu’il fléchisse devant leur tumulte ; ainsi l’Éternel des armées descendra pour combattre sur la montagne de Sion et sur sa colline.*

Il s’arrêta, le regard perdu dans la pénombre. Ce n’était pas l’image d’un berger doux. C’était celle d’un lion possessif, immuable, terrassant sa proie. Une multitude de bergers – toutes les armées assyriennes, leurs généraux criards, leur tumulte orgueilleux – ne pourrait le faire lâcher prise. Sion était sa proie. Sa possession. Et il la défendrait avec la férocité silencieuse et absolue du maître des forêts.

Une dernière exhortation lui vint, plus personnelle, plus pressante. Il l’inscrivit comme un appel lancé à travers les âges, à travers les murs du palais et les plans de guerre.

*Revenez à celui dont on s’est profondément détourné, enfants d’Israël. Car en ce jour, chacun rejettera ses idoles d’argent et ses idoles d’or, que vos mains pécheresses ont faites.*

Il pouvait presque les voir, dans la panique du siège à venir, jetant avec dégoût les petits dieux d’orfèvrerie, ces objets morts et sourds qu’ils avaient façonnés de leurs propres mains. Le malheur ferait office de creuset, brûlant l’accessoire pour ne laisser que l’essentiel.

Il posa son stylet. Le parchemon était achevé. Au-dehors, le jour baissait, teintant les murs de pierre d’une lueur orangée. Quelqu’un, quelque part, préparait un nouveau rapport sur les mouvements de troupes égyptiennes. D’autres affûtaient des épées, entassaient des pierres derrière les remparts.

Isaïe, lui, regardait sa main, vieille et ridée. Elle venait de tracer une vérité plus solide que la pierre, plus redoutable que la plus grande armée. Le salut ne viendrait pas du sud. Il descendrait, comme un lion, sur les collines qu’il avait choisies. Il restait assis un long moment, dans le silence naissant, portant le poids de la parole et l’attente terrible et magnifique de son accomplissement. La ville, inconsciente, continuait à respirer, à trembler, à espérer dans la direction erronée. Et au-dessus d’elle, invisible, le rugissement du Lion de Juda couvrait déjà le grondement lointain des chars.

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