Bible Sacrée

La Lettre sous le Figuier

La chaleur de l’après-midi pesait sur la route poussiéreuse. Sous un vieux figuier, à l’écart des maisons de pierre, un petit groupe s’était rassemblé. Parmi eux se tenait Tychique, le visage creusé par la fatigue du voyage. Il avait apporté une lettre, une de ces missives qui circulaient d’église en église, écrite de la main même de Paul, l’apôtre. L’homme qui lisait à voix haute avait une voix grave, qui tremblait parfois d’émotion. Les mots, tranchants comme des épées, doux comme une supplication, tombaient dans le silence attentif.

« Galates insensés ! Qui vous a jeté un sort ? »

Un frisson parcourut l’assemblée. Certains baissèrent les yeux, d’autres se raidirent. Parmi eux se trouvait Lévi, un homme dont les mains calleuses parlaient du travail de la terre. Il avait écouté avec ferveur, des années plus tôt, le message de la croix apporté par Paul. Un message de grâce pure, libérateur, qui l’avait arraché au poids écrasant des rites impossibles à satisfaire. Mais récemment, des hommes étaient venus de Jérusalem, avec des discours bien différents. Ils parlaient de la Loi, des commandements, de la nécessité de la circoncision. Leurs arguments semblaient solides, ancrés dans les Écritures. Lévi s’était senti perdu, tiraillé. Était-ce trop simple, la foi seule ? N’avait-il pas besoin de faire quelque chose pour mériter ce salut ?

La voix du lecteur continuait, s’enfonçant dans le vif du sujet. « Abraham crut à Dieu, et cela lui fut compté comme justice. »

Lévi leva les yeux. Abraham. Le père. Celui à qui tout avait commencé. Il l’imagina, vieux et sans enfant, regardant les étoiles innombrables. Dieu lui avait fait une promesse, une promesse folle. Et Abraham y avait cru. C’était tout. Avant la Loi, avant Moïse, avant le Sinaï et ses tonnerres. La relation avait commencé là, dans ce simple acte de confiance. Une lueur naquit dans l’esprit de Lévi.

La lecture poursuivait, tissant un argument serré, passionné. L’apôtre remontait le fil de l’histoire. Ceux qui vivent par la Loi sont sous la malédiction, disait la lettre, car personne ne peut l’accomplir parfaitement. La Loi était comme un miroir qui montre la saleté, mais ne possède pas l’eau pour laver. Elle était le gardien sévère, le pédagogue qui conduit à l’école, mais pas le maître qui libère. Lévi revoyait le visage austère des nouveaux venus, leurs listes de « il faut » et de « ne pas faire ». Une cage, en vérité. Une belle cage, ciselée de commandements saints, mais une cage quand même.

Et puis vint le cœur du message, le pivot sur lequel tout bascula. « Christ nous a rachetés de la malédiction de la Loi, étant devenu malédiction pour nous. »

L’air sous le figuier sembla se charger d’une présence. Lévi retint son souffle. Il voyait le bois rugueux de la croix, l’homme suspendu, le ciel obscurci. La malédiction que méritait la désobéissance de tous les hommes, tombant sur un seul. L’innocent prenant la place des coupables. Ce n’était plus une théorie, une philosophie. C’était un événement, sanglant et réel. La Loi avait conduit à cela, pointant du doigt l’abîme entre Dieu et l’homme. Et Christ avait comblé cet abîme de son propre corps.

« Afin que, par la foi, nous recevions l’Esprit de la promesse. »

La foi. Ce mot revenait, encore et encore, comme un battement de cœur. Non pas une croyance vague, mais une confiance qui s’accroche à une personne, à une action accomplie. Comme Abraham avait cru à la promesse d’une descendance, eux devaient croire à la promesse accomplie de la rédemption. Et cette foi, ce simple abandon confiant, ouvrait les vannes. L’Esprit. Lévi en avait fait l’expérience au début : cette paix étrange, cette joie qui jaillissait sans raison, cette force pour aimer. C’était cela, la preuve. Non pas sa propre capacité à suivre des règles, mais cette vie nouvelle qui palpitait en lui, don pur de Dieu.

Le lecteur arriva à la fin du chapitre. Les mots résonnèrent avec une simplicité bouleversante. « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous, vous êtes un en Jésus-Christ. Et si vous appartenez à Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse. »

Lévi regarda les visages autour de lui. Il y avait Marc, le marchand grec, aux manières vives ; la vieille Myriam, qui avait été esclave ; et lui, Lévi, fils d’Israël. Sous le regard des nouveaux venus, ces différences étaient devenues des murs, des barrières à franchir par des rites. Sous le figuier, à l’écoute de ces paroles anciennes-et-nouvelles, les murs s’effondraient. Ils n’étaient pas unis par ce qu’ils faisaient, mais par Celui en qui ils croyaient. Ils étaient héritiers. Non par leurs œuvres, mais par grâce. Par la foi.

Le soleil commençait à descendre, teintant le ciel de pourpre. Le silence qui suivit la lecture n’était pas vide. Il était plein, comme l’est une terre après la pluie. Lévi se leva, les genoux un peu flageolants. Il n’avait pas de réponse argumentée pour les hommes de Jérusalem. Mais il avait retrouvé quelque chose de plus précieux : l’évidence. L’évidence du don. L’évidence de la liberté. Il marcha vers sa maison, le cœur léger, porté non par la certitude d’avoir bien fait, mais par la promesse, bien plus ancienne que la Loi, qui le tenait, lui, Lévi, le simple croyant, dans la paume fidèle de Dieu.

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