Bible Sacrée

Le Roi Josias et le Livre Retrouvé

L’enfant roi grandit dans l’ombre des idoles. Josias avait huit ans à son avènement, et les premières années de son règne se déroulèrent dans le bruissement inquiétant d’un royaume qui avait oublié jusqu’au nom de son Dieu. Jérusalem sentait l’encens étranger, une odeur lourde et sucrée qui collait aux étoffes et emplissait les ruelles. Sur les hauts lieux, à l’entrée des villes, sous les arbres verdoyants, les autels fumaient pour Baal, pour les astres du ciel, pour toutes sortes de divinités au sourire de pierre. Le peuple, comme engourdi, suivait des rites vides.

Puis, à l’orée de sa seizième année, quelque chose remua dans le cœur du jeune homme. Ce ne fut pas un éclair, mais une lente et tenace conviction, comme une source qui trouve enfin son chemin à travers la roche. Peut-être en écoutant un vieux prêtre murmurer des récits du temps de David, peut-être en regardant, un soir, la ligne pure des collines de Judée sans la souillure d’un ashérah. Il se mit à chercher. Non pas le Dieu de son père Amon, ni de son grand-père Manassé, mais le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Celui dont la loi était enfouie sous la poussière de l’indifférence et le poids du mensonge.

À vingt ans, la conviction était devenue feu. Josias se leva, et l’œuvre de purification commença. Elle fut physique, violente, inexorable. Il partit lui-même, suivi d’hommes de confiance aux visages graves, et parcourut son territoire, ville après ville, sanctuaire après sanctuaire. On vit le jeune roi, la tunique souillée de cendres, ordonner de briser les autels de Baal. Les idoles furent réduites en poussière, leurs hauts lieux rasés, leurs bosquets sacrés abattus à la hache. Le travail fut méthodique : non seulement en Juda, mais il étendit son zèle aux anciennes tribus du Nord, à Manassé, à Éphraïm, jusqu’aux confins de Nephthali, dans des ruines à demi-sauvages. Partout où il passait, les pierres des autels jonchaient le sol, et l’air, peu à peu, redevenait respirable.

De retour à Jérusalem, son regard se porta vers le Temple. La grande maison de l’Éternel, négligée, profanée. Les rois précédents y avaient entreposé le produit de leurs dérives : objets du culte de Baal et des astres, chars dédiés au soleil, statuettes obscènes. Une odeur de moisi et de mort y régnait. Josias donna l’ordre de tout vider, de tout brûler dans les champs du Cédron. Puis il convoqua Shaphan, le secrétaire, et lui dit : « Monte au Temple. Trouve Hilqiyahou, le grand prêtre. Dis-lui de fondre l’argent qui a été apporté, de le remettre aux ouvriers. Qu’ils restaurent la maison. Faisons cela proprement. »

Les charpentiers, les tailleurs de pierre, les forgerons se mirent à l’œuvre. C’était un bourdonnement d’activité nouvelle autour du sanctuaire. Les hommes réparaient les poutres, remplaçaient les pierres fissurées, et l’argent coulait, honnêtement distribué, sans qu’on dresse de comptes, car ils agissaient avec fidélité.

Un après-midi, alors que le soleil chauffait les pierres blondes, Hilqiyahou, en fouillant dans un recoin obscur des salles du trésor, peut-être derrière une tenture déchirée, tomba sur un rouleau. La peau était épaisse, l’écriture ancienne. Il le déroula avec précaution, ses doigts tremblant un peu. Les premiers mots le frappèrent comme un coup. C’était le Livre. La Loi de Moïse, perdue, oubliée, ensevelie dans la négligence de générations entières. Il courut trouver Shaphan. « J’ai trouvé le Livre de la Loi dans la maison de l’Éternel, » dit-il, la voix étranglée par l’émotion.

Shaphan prit le rouleau et monta au palais. Il trouva le roi dans une salle de travail, entouré de rapports sur les réparations. « Tes serviteurs ont vidé l’argent du Temple, commença Shaphan, ils l’ont remis aux ouvriers. » Puis il marqua une pause. « Et le prêtre Hilqiyahou m’a remis un livre. » Il déroula partiellement le manuscrit. Josias se leva. « Lis-le moi, » ordonna-t-il.

Alors Shaphan lut. Sa voix, d’abord neutre, se fit plus grave, puis chevrotante. Les mots tombaient dans le silence de la pièce : les bénédictions pour l’obéissance, les malédictions terribles pour l’abandon, l’idolâtrie, la rupture de l’alliance. Des malédictions qui décrivaient, avec une précision glaçante, le chaos qui avait déjà commencé à ronger le royaume. À mesure que la lecture avançait, le visage de Josias se décomposa. Une angoisse palpable envahit la pièce. Avant même la fin, il déchira ses vêtements. Un geste de deuil, de terreur sacrée.

« Allez, ordonna-t-il à ses serviteurs, allez consulter l’Éternel pour moi, pour ce qui reste en Israël et en Juda, au sujet des paroles de ce livre qui a été trouvé. Car grande est la colère de l’Éternel qui s’est déversée sur nous, parce que nos pères n’ont pas observé la parole de l’Éternel, en faisant tout ce qui est écrit dans ce livre. »

Ils allèrent trouver la prophétesse Houlda, qui habitait le quartier neuf de Jérusalem. Une femme de sagesse et d’autorité. Son message fut sans ambiguïté : le mal était trop ancré, la coupe de la colère divine était pleine, le désastre était inévitable. Mais, parce que le cœur de Josias s’était humilié, qu’il avait déchiré ses vêtements et pleuré devant Dieu, le châtiment n’aurait pas lieu de son vivant. Il serait recueilli en paix, ses yeux ne verraient pas tout le mal.

Josias revint au Temple, cette fois avec tous les habitants de Jérusalem, grands et petits. Il monta sur l’estrade royale, et, debout, il lut à haute voix toutes les paroles du Livre de l’Alliance. Sa voix portait, claire, chargée d’une solennité nouvelle. Puis il renouvela l’alliance, devant l’Éternel : marcher après lui, garder ses commandements de tout son cœur et de toute son âme. Il fit jurer tout le peuple, qui s’engagea d’un seul cœur.

Les réformes reprirent, plus profondes encore. Il fit disparaître toutes les abominations qui restaient, purifia radicalement le pays. Il ordonna enfin : « Célébrez la Pâque en l’honneur de l’Éternel, votre Dieu, comme il est écrit dans ce livre de l’alliance. » Une Pâque telle qu’on n’en avait pas vue depuis les jours du prophète Samuel. Le peuple abattit les agneaux, fit cuire la viande avec des herbes amères, mangea des pains sans levain. Ce fut une fête étrange, joyeuse et grave à la fois, comme un sursis dans la lumière, une dernière obéissance avant la nuit à venir.

Josias régna encore, veillant à la pureté du culte. Mais l’histoire, inexorable, suivait son cours. Des années plus tard, il mourut à Megiddo, touché par des flèches, sur un champ de bataille qui ne le concernait pas. On le ramena à Jérusalem, et on l’enterra dans les tombeaux de ses pères. Tout Juda et Jérusalem le pleurèrent. Jérémie composa une complainte sur lui.

Et le Livre, retrouvé, resta. Il était là, désormais, au centre de la vie du peuple. Témoin silencieux, parole résistante. La réforme de Josias n’avait pas empêché le jugement, mais elle avait préservé la Parole. Elle avait offert, dans le crépuscule d’un royaume, la lumière nécessaire pour traverser la longue nuit de l’exil à venir. La dernière lueur, avant l’aube lointaine d’une autre espérance.

LEAVE A RESPONSE

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *