Bible Sacrée

La Terre Promise d’Ézéchiel

Le soleil levant accrochait ses premiers rayons aux crêtes des montagnes de l’est, teintant d’un or pâle la vallée qui s’étendait en contrebas. L’air, encore frais, portait l’odeur de la terre humide et du thym écrasé sous le pas lent des bergers. C’était une vision qui semblait hors du temps, cette terre, et pourtant, elle était marquée au cordeau par une volonté plus ancienne que ses collines.

L’homme, un scribe aux doigts tachés d’encre, se tenait sur une hauteur, un rouleau usé à la main. Il ne voyait pas seulement un paysage. Il voyait un dessein. Le plan, reçu dans la fièvre des visions, s’imprimait maintenant sur le réel avec une précision qui le faisait frémir. Ézéchiel avait décrit, et maintenant, sous ses yeux intérieurs, la terre promise se découpait.

Au nord extrême, la part de Dan. Une bande de terre qui allait de la mer jusqu’à l’orient, large et robuste comme l’était la tribu, autrefois vigilante aux frontières. Juste au sud, celle d’Aser, puis Nephtali, Manassé, Éphraïm, Ruben. Chaque portion, une bande parfaite traversant le pays d’ouest en est, de la Grande Mer aux confins du désert. Ce n’était pas un découpage de hasard ou de conquête. C’était une répartition d’une géométrie presque sacrée, comme les ais d’un coffre précieux. Juda venait ensuite, et la place de cette tribu, au sud de la portion sainte, lui arrachait un souffle lent. Tout était ordonné, tout était à sa place.

Car au centre, entre la part de Juda et celle de Benjamin, se trouvait l’offrande. Une portion sainte, réservée. Il ferma les yeux, et les mesures défilaient : vingt-cinq mille cannes en longueur, dix mille en largeur. En son cœur, le sanctuaire. L’espace pour les sacrificateurs, fils de Tsadok, qui étaient restés fidèles lorsque tout le monde chancelait. La terre qui les nourrirait ne serait pas à eux ; elle serait *pour* eux, consécration perpétuelle. Juste au nord, les Lévites, leur part semblable en dimension mais différente en vocation. Serviteurs du Temple, leur héritage était le service lui-même.

Et au sud de la portion sainte, la ville. Il la voyait presque, ses pierres blondes dans la lumière de midi. Un carré parfait : quatre mille cinq cents cannes de côté. Une terre ouverte autour d’elle pour ses jardins, ses pâturages. Les travailleurs de la ville, de toutes les tribus, y cultiveraient leur nourriture. Mais la ville elle-même… elle appartenait à tous et à personne. Elle était un nombril, un point de rencontre.

Le vent se leva, faisant bruisser les oliviers sauvages dans la pente. Il ouvrit les yeux sur la vallée silencieuse. La vision la plus forte lui revint alors, celle des portes. Douze portes, une pour chaque tribu, percées dans le mur de la ville. Trois au nord, portes de Ruben, de Juda, de Lévi. Trois à l’est, de Joseph, de Benjamin, de Dan. Trois au sud, de Siméon, d’Issacar, de Zabulon. Trois à l’ouest, de Gad, d’Aser, de Nephtali. Chaque tribu avait sa porte. Aucune n’était exclue. Le nom même de la ville scellait la promesse : *L’Éternel est ici*.

Ce qui le saisissait, ce n’était pas seulement la symétrie, mais le mouvement qu’elle impliquait. La sainteté, concentrée dans le sanctuaire central, ne restait pas captive. Elle irradiait. Les parts des tribus, égales, rayonnaient depuis ce centre invisible. Le prince avait son territoire de chaque côté de la portion sainte, non pour dominer, mais pour assurer l’ordre et la justice, pour que le sacrifice puisse être offert en paix. La terre n’était plus un enjeu de rivalité. Elle devenait le cadre d’une communion.

Un aigle tournoyait très haut dans le ciel, presque immobile. Le scribe laissa le rouleau se refermer. Le texte était précis, sec presque. Mais derrière les mesures et les noms, il percevait une mélodie. Une mélodie de restauration. Ce n’était pas un retour en arrière, vers un âge d’or perdu. C’était une nouvelle création. Le chaos de l’exil, l’amertume des frontières bafouées, tout était absorbé, transfiguré dans ce plan divin.

Le nom de la ville résonna dans son esprit. Ce ne serait plus Jérusalem, avec son histoire lourde de gloires et de sang. Ce serait un nom nouveau pour une réalité nouvelle. *L’Éternel est ici*. La présence n’était plus conditionnelle. Elle était la fondation même, le point cardinal à partir duquel tout le reste prenait son sens.

Le soleil était maintenant haut, chauffant la pierre sur laquelle il était assis. En bas dans la vallée, la vie quotidienne continuait : un âne braillait, une femme chantait en puisant de l’eau. Rien n’avait changé, et pourtant, tout était différent. Car désormais, lorsqu’il regardait ces collines, il ne voyait plus seulement la terre de ses pères. Il voyait l’écho d’une promesse géométrique, l’esquisse d’un shalom si concret qu’on pouvait en mesurer les dimensions. L’héritage n’était plus une nostalgie. C’était une architecture future, tracée par la main même de Dieu, attendant, dans la patience du temps, son accomplissement. Il se leva, les genoux un peu raides. Il avait un texte à copier, une vision à transmettre. Mais en lui, une paix étrange s’était installée, aussi vaste et ordonnée que le paysage promis.

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