Bible Sacrée

La Foi Triomphante de Jonathan

**Le Courage de Jonathan**

En ces jours agités, l’armée d’Israël campait aux abords de Guéba, face aux Philistins retranchés à Mikmas. Le roi Saül, assis sous un grenadier à la lisière du camp, observait l’horizon avec inquiétude. Ses six cents hommes, équipés modestement, formaient un contraste saisissant avec la puissante armée philistine qui étincelait sur les collines d’en face. Le soleil couchant dorait les casques et les cuirasses ennemies, tandis que les chars de fer philistins projetaient de longues ombres menaçantes.

Jonathan, fils de Saül, jeune homme au cœur intrépide et à la foi ardente, ne supportait plus cette inaction. Un matin, alors que la brume enveloppait encore les gorges rocheuses, il se tourna vers son porteur d’armes : « Viens, traversons jusqu’au poste des incirconcis. Peut-être l’Éternel agira-t-il pour nous, car rien n’empêche l’Éternel de sauver, que ce soit par beaucoup ou par peu. »

Sans en informer son père, ils s’engagèrent dans le défilé abrupt qui séparait les deux armées. Les parois de pierre, striées de veines ocre, semblaient se refermer sur eux comme les mâchoires d’un monstre minéral. Jonathan, pieds nus pour mieux adhérer aux aspérités, avançait avec une agilité de chamois. Son porteur d’armes le suivait, les muscles tendus, les armes serrées contre sa poitrine.

Arrivés en vue de l’avant-poste philistin, Jonathan murmura : « Montrons-nous à eux. S’ils nous disent : « Arrêtez, jusqu’à ce que nous venions à vous ! » alors nous resterons en place. Mais s’ils disent : « Montez vers nous ! » ce sera le signe que l’Éternel les livre en notre main. »

Effectivement, lorsque les sentinelles philistines les aperçurent, elles ricanèrent : « Voici les Hébreux qui sortent des trous où ils se cachaient ! Monte donc, que nous te fassions connaître notre force ! »

À ces mots, Jonathan se tourna vers son compagnon : « Monte derrière moi, car l’Éternel les a livrés aux mains d’Israël ! » Ils escaladèrent la pente à mains nues, griffant la terre sèche, leurs tuniques déchirées par les ronces. Parvenus au sommet, Jonathan se rua sur les premiers gardes, son épée traçant des arcs lumineux dans l’air matinal. Son porteur d’armes le secondait, frappant avec une précision mortelle. En quelques instants, une vingtaine de Philistins gisaient sur le sol rocailleux.

Alors, Dieu envoya une terreur panique dans le camp philistin. La terre se mit à trembler faiblement, puis avec une violence croissante. Les soldats ennemis, saisis d’une épouvante divine, se mirent à s’entretuer dans la confusion. Le tumulte grandit jusqu’aux oreilles des guetteurs israélites qui, voyant la débandade générale, coururent avertir Saül.

Le roi, consulta précipitamment le sacrificateur, puis ordonna : « Faites le dénombrement ! Qui manque ? » On découvrit l’absence de Jonathan et de son porteur d’armes. Pendant ce temps, la bataille faisait rage. Les Hébreux qui s’étaient cachés dans les montagnes d’Éphraïm rejoignirent le combat, tandis que ceux qui avaient déserté vers le pays philistin revinrent en hâte. L’Éternel donnait la victoire à Israël ce jour-là.

Mais Saül, dans son zèle imprudent, avait prononcé cette malédiction : « Maudit soit l’homme qui prendra de la nourriture avant le soir, avant que je me sois vengé de mes ennemis ! » Or, ignorant cette parole, Jonathan, épuisé par les combats, trempa le bout de son bâton dans un rayon de miel sauvage et goûta à la douceur revigorante.

Quand un soldat l’avertit du serment de son père, Jonathan s’écria : « Mon père a troublé le pays ! Voyez comme mes yeux sont clairs après ce peu de miel. Si le peuple avait mangé du butin aujourd’hui, la défaite des Philistins n’en aurait-elle pas été plus grande ? »

Le soir venu, affamés, les Israélites se jetèrent sur le butin, égorgeant les bêtes sur la pierre sans en égoutter le sang, transgressant ainsi la Loi. Saül, constatant le péché, fit rouler une grande pierre et ordonna : « Éparpillez-vous parmi le peuple et dites que chacun amène son bœuf ou sa brebis pour l’égorger ici. »

Puis le roi consulta Dieu pour poursuivre les Philistins, mais la réponse divine se taisait. Saül comprit qu’un péché avait été commis. Il fit approcher tous les chefs et, par le sort, découvrit que Jonathan était le coupable. Jonathan avoua : « J’ai goûté un peu de miel avec le bout de mon bâton. Me voici, je suis prêt à mourir. »

Mais le peuple s’écria : « Jonathan mourrait, lui qui a accompli cette grande délivrance en Israël ? Jamais ! L’Éternel est vivant ! Il ne tombera pas à terre un cheveu de sa tête, car c’est avec Dieu qu’il a agi aujourd’hui ! » Ainsi le peuple racheta Jonathan, qui ne mourut point.

Saül cessa de poursuivre les Philistins, qui étaient retournés dans leur pays. Le roi consolida son règne, combattant tous ses ennemis alentour, mais l’ombre de la désobéissance commençait déjà à s’étendre sur sa maison, tandis que la foi simple de Jonathan brillait comme le miel sauvage dans la lumière du soir.

LEAVE A RESPONSE

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *