Bible Sacrée

Le Désespoir de Job dans les Ténèbres

La chaleur était lourde sur la terre craquelée. Job, assis dans la poussière, sentait chaque parcelle de sa peau brûler sous le soleil implacable. Ses amis, assis à distance respectueuse depuis des jours, avaient fini par se taire. Leurs paroles de réconfort s’étaient transformées en accusations voilées, puis en silence gêné.

Il regarda ses mains, ces mains qui avaient tant bâti, tant donné. Maintenant, elles n’étaient plus que des squelettes recouverts d’une peau grise et tendue. Son haleine était courte, comme si l’air lui-même refusait de pénétrer ses poumons malades.

« Mon esprit est brisé, murmura-t-il dans le vent chaud. Mes jours s’éteignent, les tombes m’attendent. »

Autour de lui, les ombres des sycomores s’allongeaient, dessinant des formes spectrales sur le sol aride. Il se souvint des rires de ses enfants dans la cour, des chants des moissonneurs, des nuits paisibles sous les étoiles. Tout cela appartenait à un autre homme, dans un autre temps.

« Voyez donc ces railleurs qui campent autour de moi, reprit-il plus fort, comme s’il s’adressait à un témoin invisible. Mes yeux s’épuisent à supporter leur mépris. »

Ses paroles semblaient se perdre dans l’immensité du désert. Pourtant, il continuait, poussé par une nécessité intérieure, comme si chaque syllabe arrachée à sa gorge douloureuse était un acte de résistance contre l’anéantissement.

« Qui donc voudrait prendre le pari de me soutenir ? Mes proches m’ont abandonné, mes connaissances m’ont oublié. Ma femme elle-même ne reconnaît plus l’homme qui partageait sa couche. »

Le crépuscule commençait à teinter le ciel de pourpre et d’orange. Une brise légère apporta un moment de fraîcheur sur son visage couvert de plaies. Il ferma les yeux, essayant de retrouver dans ce souffle la présence de Celui qui semblait si lointain.

« Ils transforment la nuit en jour, ces faux amis. Pour eux, la lumière est plus proche que les ténèbres. Mais moi, j’ai fait de la tombe mon héritage, du ver mon compagnon. »

Sa voix se brisa. Une douleur lancinante traversa ses côtes. Il toussa, un son rauque et sec qui fit sursauter un lézard caché entre les pierres.

« Où donc est mon espérance ? Qui peut la voir ? Elle descendra avec moi dans la fosse, elle reposera avec moi dans la poussière. »

Les étoiles commençaient à poindre, une à une, comme des larmes de lumière dans le velours de la nuit. Job leva les yeux vers elles, cherchant une réponse dans leur froide indifférence.

Puis, dans un souffle à peine audible, il acheva sa plainte : « Elle tombera en poussière, mon attente. Nous nous coucherons ensemble dans la corruption. »

Le silence qui suivit fut plus profond que tous ceux qui l’avaient précédé. Quelque chose avait changé dans l’air. Ce n’était pas une délivrance, pas une réponse, mais comme l’écho lointain d’une vérité plus ancienne que la souffrance, plus persistante que la mort.

Job resta assis dans l’obscurité naissante, un homme brisé mais toujours vivant, perdu entre le désespoir et l’obstination têtue de celui qui, même en maudissant le jour de sa naissance, n’avait pas encore renoncé à crier vers le Ciel.

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