Bible Sacrée

La Sagesse du Foyer Stable

Le vieux Samuel avait coutume de dire que la maison bâtie sur la sagesse résiste aux vents contraires. Ce matin-là, tandis qu’une brume légère flottait encore entre les collines de Judée, il regarda par la fenêtre de son atelier et vit la lumière du petit jour caresser les pierres de la rue. Dans son fournil, l’odeur du pain frais se mêlait à la senteur du bois de cèdre qu’il travaillait depuis l’aube.

Sa femme, Anne, remuait doucement la bouillie d’orge dans un pot de terre cuite. Leurs deux fils dormaient encore à l’étage. Un foyer paisible valait mieux qu’un bœuf gras et des mets choisis, pensa-t-il en essuyant ses mains couvertes de farine. Il se souvint des paroles du sage : *Mieux vaut un morceau de pain sec, avec la paix, qu’une maison pleine de viandes, avec des querelles.*

Le silence fut rompu par des cris aigus venant de la maison voisine. C’était la maison de Mika, le forgeron, dont la femme et la belle-mère se disputaient chaque matin comme si c’était une loi immuable. Samuel secoua la tête. Une servante intelligente valait mieux qu’un fils honteux, avait écrit Salomon. Et ces deux femmes, bien que maîtresses de maison, agissaient en servantes stupides, semant le trouble là où elles auraient pu bâtir.

Plus tard, lorsqu’il ouvrit son échoppe, un homme aux vêtements déchirés vint à lui. C’était Joas, dont le fils avait dilapidé son héritage dans les tavernes de la ville basse. « Samuel, tu es un homme juste, donne-moi un conseil », supplia-t-il. Samuel lui offrit un siège et un peu de vin. Il écouta longuement, sans interrompre, car celui qui couve une injustice deviendra un insensé, et celui qui répond avant d’écouter montre sa folie.

« Ton fils a agi en néchant, dit Samuel enfin. Mais un père sage ne couvre pas la faute par amour. L’amour couvre toutes les transgressions, oui, mais la sagesse les expose pour qu’elles soient lavées. » Joas pleura. Des larmes silencieuses, lourdes de honte et d’un amour blessé. Samuel savait que les larmes purifient le cœur, comme le feu éprouve l’argent et le creuset l’or.

L’après-midi, un notable de la ville, un certain Shemeya, vint commander un coffre pour ses habits de fête. Il parlait avec emphase, se vantant de ses richesses et de son influence. Il offrit une bourse pleine de sicles en disant : « Je veux le plus beau coffre, avec des incrustations d’ivoire. Que tout le monde sache que Shemeya honore ses hôtes avec splendeur. »

Samuel le regarda fixement. Le méchant accepte des présents en secret pour pervertir les voies de la justice. Il refusa l’argent. « Je ferai ton coffre, Shemeya, mais au prix juste. Car un homme pervers prête l’oreille aux lèvres menteuses, et le faux témoin ne reste pas impuni. »

Shemeya rougit de colère et partit en maugréant.

Le soir tomba doucement. Samuel s’assit sur le banc devant sa maison. Ses fils étaient maintenant réveillis ; l’aîné aidait sa mère à ranger les ustensiles, le plus jeune courait après une poule égarée. Un ami de Samuel, Nathan, passa et s’assit près de lui. Ils partagèrent des figues et parlèrent de tout et de rien, comme le font les vrais amis, ceux qui sont là dans l’épreuve, plus proches qu’un frère.

« Aujourd’hui, j’ai rencontré Shemeya, dit Samuel. Il voulait m’acheter avec son argent. »

Nathan sourit. « L’insensé lui-même passe pour sage quand il se tait. Tu as bien fait de ne rien accepter. »

Ils restèrent un moment en silence, écoutant le chant des cigales. Puis Nathan ajouta : « J’ai vu Joas aujourd’hui. Il est allé chercher son fils dans la maison de débauche. Il l’a ramené à la maison. Pas avec des cris, mais avec des larmes. »

Samuel hocha la tête. Celui qui a de l’intelligence retient ses paroles. Et un homme intelligent est lent à la colère. Il vaut mieux rencontrer une ourse à qui on a enlevé ses petits qu’un insensé dans sa folie.

La nuit était maintenant complète. Une brise fraîche soufflait des montagnes. Samuel rentra dans sa maison où brûlait une lampe à huile. Anne avait préparé du fromage et des olives. Ils mangèrent ensemble, dans un calme que seule la sagesse peut offrir.

Avant de se coucher, Samuel ouvrit le rouleau des Proverbes et lut à voix basse : *Celui qui remue les eaux provoque des querelles, et celui qui révèle un secret divise les amis.* Il ferma le rouleau. Demain serait un autre jour, avec ses épreuves et ses joies. Mais la maison du juste demeurerait ferme.

Il éteignit la lampe et s’endormit paisiblement, tandis qu’au-dehors, la lune veillait sur la ville endormie.

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