Bible Sacrée

Le prophète et le veau de Samarie

Le vent du levant apportait avec lui une poussière fine et tenace, celle qui collait à la sueur des hommes et au crépi des maisons de Samarie. Dans la cité, l’agitation était celle d’un jour ordinaire, mais plus fébrile, comme une fourmilière perturbée. Près de la porte nord, un groupe d’hommes aux mains calleuses et aux tuniques usées écoutait, debout, un homme au visage buriné. Il ne criait pas. Sa voix était comme le grès, rauque et érodée par un chagrin ancien.

« Mettez la trompette à votre bouche », murmura-t-il, et pourtant chaque mot portait. « Comme un aigle, il fond sur la maison du Seigneur. »

Personne ne regardait le ciel. Les regards fuyaient, se posaient sur les chariots chargés de blé nouveau, sur les étals où luisait l’argent frappé à l’effigie d’un veau. L’argent. Il y en avait partout. Le son métallique des transactions couvrait presque la voix de l’homme. Il leva une main lente, désignant de l’index la colline où se dressait, imposant et nouveau, le sanctuaire rival de Jérusalem.

« Ils ont transgressé mon alliance, ils se sont révoltés contre ma Loi. C’est à moi qu’ils crient : “Mon Dieu, nous te connaissons, nous, Israël !” »

Un rire sec, sans joie aucune, sortit de sa poitrine. Ce rire fit plus peur que n’importe quel tonnerre. « Israël a rejeté le bien. Que l’ennemi le poursuive ! »

Il se mit alors à marcher, et quelques-uns le suivirent, poussés par une curiosité malsaine ou une angoisse sourde. Il marcha vers les ateliers, près du quartier des fondeurs. Là, l’air sentait le feu et le métal en fusion. Dans l’ombre d’un appentis, un artisan terminait de ciseler les détails d’une idole. C’était un veau, mais pas tout à fait. Une synthèse habile, pensait sans doute l’artisan, entre la tradition cananéenne et le symbole de la force. Une religion pratique, qui ne demandait pas trop de l’homme.

Le prophète s’arrêta, et son silence fut plus lourd que les marteaux. « Ils se sont fait des rois, mais sans mon accord. Ils se sont fait des chefs, mais à mon insu. De leur argent et de leur or, ils se sont fait des idoles. Mais c’est pour leur propre perte. »

Il se pencha, ramassa un éclat de métal brut, jeté au rebut. Il le fit passer dans sa paume, le regard absent, comme s’il voyait autre chose. « Ton veau est rejeté, Samarie. Ma colère s’est enflammée contre eux. Jusqu’à quand seront-ils incapables de pureté ? »

Il laissa tomber l’éclat. Le tintement fut étrangement clair dans le bruit de la forge. « C’est en Israël qu’un artisan l’a fait, et ce n’est pas un dieu. Oui, le veau de Samarie sera réduit en miettes. »

Il quitta l’atelier, et sa parole devint une litanie amère, jetée au vent brûlant. « Ils sèment le vent, ils moissonneront la tempête. Un blé qui n’a pas d’épi ne donne pas de farine. S’il en donnait, l’étranger en dévorerait le produit. »

Ses pas le menèrent maintenant hors de la ville, vers les champs. Les moissons étaient belles, prometteuses. Les silos étaient pleins. C’était la prospérité tangible, le signe, pour beaucoup, de la faveur des dieux qu’on servait sur les hauts-lieux. Il s’arrêta au bord d’un champ d’orge, doré sous le soleil. Un homme y travaillait, le dos courbé.

« Israël est dévoré. Les voilà maintenant parmi les nations, comme un vase dont personne ne veut. Car ils sont montés vers l’Assyrien, l’âne sauvage qui va seul. Ephraïm a payé pour avoir des amants. »

L’image était crue, violente. La prostitution politique, les alliances coûteuses et vaines avec l’empire vorace de l’Est. Chaque pièce d’or envoyée à Assur pour acheter une protection illusoire était un adultère de plus.

« Oui, ils ont payé parmi les nations. Maintenant, je vais les rassembler. Bientôt, ils seront accablés par le fardeau du roi des princes. »

Il tourna son visage vers Samarie, qui étincelait faiblement dans la chaleur. La ville semblait si solide, si permanente. « Ephraïm a multiplié les autels… pour pécher. Ces autels sont devenus pour lui des occasions de pécher. Que j’écrive pour lui toutes les ordonnances de ma Loi, elles sont considérées comme étrangères. »

Il y avait dans sa voix une lassitude infinie, celle de Dieu lui-même. La Loi n’était plus une charte d’alliance, mais un code obsolète, un vieux parchemin poussiéreux qu’on sortait pour les grandes fêtes, avant de retourner aux affaires sérieuses : le commerce, la politique, le culte qui arrange.

« Ils offrent des sacrifices, ils mangent la viande. Le Seigneur n’y prend pas plaisir. Maintenant, il se souvient de leur faute, il punira leurs péchés. Ils retourneront en Egypte. »

L’Egypte. Le mot tomba comme une pierre sur un tombeau. Le retour à la case départ, à l’esclavage. Non pas une déportation géographique, mais un retour spirituel à la servitude dont ils se croyaient libérés pour toujours.

« Israël a oublié son Créateur, il a bâti des palais. Juda a multiplié les villes fortes. Mais je ferai tomber le feu sur leurs villes, il dévorera leurs citadelles. »

Le prophète se tut. Le soleil était maintenant haut, écrasant. L’homme dans le champ s’était arrêté de travailler et le regardait, une ombre de trouble sur le visage. Mais déjà, il se baissait, reprenait sa faucille. La moisson était là, tangible. Les menaces d’un illuminé, les vieilles histoires de colère divine… cela semblait appartenir à un autre monde, un monde révolu, moins réel que le poids de l’or dans la main et que l’abondance des greniers.

Le prophète, lui, ne regardait plus la ville. Il regardait l’horizon, au nord-est, là où le ciel rencontrait les collines. Il semblait y voir quelque chose que les autres ne voyaient pas : une forme sombre se découpant dans la lumière, aux ailes immenses et implacables, fondant en silence, portée par le vent qu’Israël avait lui-même semé. Un aigle. L’aigle d’Assyrie. Et dans ses serres, il ne tenait pas une proie, mais un vase. Un vase superbement ouvragé, brillant de tous les métaux de Samarie. Un vase qui, déjà, dans la vision, commençait à se fissurer, de minuscules craquelures irradiant de son centre, silencieuses et inexorables, sous la pression du vol.

Il ferma les yeux. Il n’y avait plus rien à dire. La parole était devenue chair, et cette chair était malade. La parole était devenue argent, et cet argent était maudit. La parole était devenue vent, et ce vent allait bientôt se lever, chargé de sable et de cri, pour balayer les autels parfumés et les palais pleins de rires. Il resta un long moment ainsi, statue de sel et de chagrin au bord du champ prospère, témoin immobile d’une catastrophe que lui seul entendait déjà gronder sous les pieds de la terre.

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Bible Sacrée

**La Puissance du Nom de Jésus** **Un récit basé sur Actes 4** Le soleil levant dorait les murs de Jérusalem, répandant une lumière chaude sur les ruelles étroites où les fidèles se rassemblaient déjà pour la prière du matin. Pierre et Jean, remplis du Saint-Esprit, venaient de guérir un boiteux à la Belle Porte du Temple, et la nouvelle de ce miracle s’était répandue comme une traînée de poudre dans toute la ville. Les gens murmuraient, émerveillés, mais parmi les chefs religieux, l’inquiétude grandissait. Les prêtres, le capitaine du Temple et les sadducéens, troublés par cette proclamation audacieuse de la résurrection de Jésus, firent arrêter les deux apôtres et les jetèrent en prison jusqu’au lendemain. La nuit fut longue, mais Pierre et Jean, au lieu de trembler, priaient et chantaient des psaumes, leur cœur brûlant de la présence du Seigneur. Le lendemain, les chefs du peuple, les anciens et les scribes se rassemblèrent dans la salle du Sanhédrin. Anne, le souverain sacrificateur, Caïphe, et d’autres membres des grandes familles sacerdotales prirent place avec solemnité. On fit venir Pierre et Jean, et tous les regards se tournèrent vers eux, chargés de suspicion. — « Par quelle puissance, ou au nom de qui avez-vous fait cela ? » demanda l’un d’eux, le visage durci par l’orgueil. Pierre, rempli du Saint-Esprit, leva les yeux avec assurance. Son visage rayonnait d’une paix surnaturelle, et sa voix porta comme un écho prophétique dans la salle silencieuse. — « Chefs du peuple et anciens d’Israël, si nous sommes interrogés aujourd’hui au sujet d’un bienfait accordé à un homme infirme, pour savoir comment il a été guéri, sachez-le, vous tous, et tout le peuple d’Israël : c’est par le nom de Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié, et que Dieu a ressuscité des morts, c’est par lui que cet homme se tient devant vous en pleine santé ! » Un frisson parcourut l’assemblée. Les mots de Pierre frappaient comme des coups de marteau, rappelant à ces hommes leur culpabilité. Il poursuivit, citant les Écritures : — « Jésus est la pierre rejetée par vous, les bâtisseurs, et qui est devenue la pierre angulaire. Il n’y a de salut en aucun autre, car aucun autre nom sous le ciel n’a été donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés. » Les membres du Sanhédrin échangèrent des regards perplexes. La hardiesse de ces hommes, simples pêcheurs de Galilée, les stupéfiait. Ils reconnaissaient en eux une autorité qui ne venait pas des écoles rabbiniques, mais d’une source bien plus puissante. Après avoir délibéré à voix basse, ils décidèrent de les menacer pour les réduire au silence. — « Nous vous défendons strictement de parler ou d’enseigner au nom de cet homme ! » tonna l’un d’eux. Mais Pierre et Jean répondirent sans hésitation : — « Est-il juste, devant Dieu, de vous obéir plutôt qu’à lui ? Jugez-en vous-mêmes. Nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu. » Les chefs, ne trouvant aucun motif pour les punir à cause du peuple qui glorifiait Dieu pour ce miracle, les relâchèrent après de nouvelles menaces. De retour parmi les frères, Pierre et Jean racontèrent tout ce qui s’était passé. À l’unisson, les croyants élevèrent leur voix vers Dieu dans une prière fervente : — « Maître, toi qui as fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui s’y trouve, vois leurs menaces, et donne à tes serviteurs d’annoncer ta parole avec une pleine assurance, étends ta main pour qu’il se fasse des guérisons, des miracles et des prodiges par le nom de ton saint serviteur Jésus ! » Le lieu où ils étaient assemblés fut secoué, et tous furent remplis du Saint-Esprit. Ils parlèrent la parole de Dieu avec hardiesse, unis dans un même cœur et un même esprit. Ainsi, malgré l’opposition, l’Église grandissait, portée par la puissance du nom de Jésus. Les croyants partageaient tout, et une grande grâce reposait sur eux. Et chaque jour, le Seigneur ajoutait à leur nombre ceux qui étaient sauvés. **Fin.** **Titre suggéré (moins de 100 caractères) :** **La Puissance du Nom de Jésus** (Le titre original est déjà concis et percutant, respectant la limite de caractères.)