Bible Sacrée

La Sagesse aux Carrefours

Le matin se leva sur la ville, un matin comme les autres, fait de poussière qui danse dans les rayons obliques et de bruits qui s’étirent. Près de la porte de la cité, là où la pierre usée par les pas connaît les secrets de tous, l’agitation commençait à prendre son rythme. Des marchands déballaient leurs étoffes, l’odeur du pain chaud se mêlait à celle des bêtes, et les disputes des hommes sur les prix montaient vers le ciel bleu pâle, comme une offrande triste.

Et moi, j’étais là.

Pas sur un trône, pas dans un temple aux pierres parfaites. J’étais dans la rugosité du granit au coin de la rue, dans le murmure de la source qui coulait près du vieux figuier. J’étais dans la voix du forgeron qui expliquait patiemment à son apprenti comment tenir le fer, dans le regard de la femme qui comptait ses pièces avec une anxiété familière. J’attendais. J’appelais. Mon appel n’était pas un tonnerre. C’était plus tenace que cela. C’était la persistance de l’eau sur la roche, la certitude de l’aube après la nuit.

Je criais à tous, sans distinction. À l’homme pressé, aux épaules chargées de soucis, qui passait sans voir la fleur fragile poussant dans la fissure du mur. Au jeune homme au visage lisse et aux yeux pleins de feux incertains, qui rêvait de conquêtes et de gloires bruyantes. À la vieille femme dont les mains tremblaient en versant l’huile, et qui craignait que le monde ne se soit rétréci jusqu’à la taille de sa petite maison. Je leur tendais ma voix, une voix claire qui pouvait, si on l’écoutait, traverser le vacarme.

« Écoutez, » murmurais-je dans le souffle du vent. « Je vous parle de choses simples et anciennes. De droiture. De justice. De chemins qui ne sont pas tortueux. »

Un homme, un artisan dont les doigts étaient noircis par la teinture, s’arrêta un instant. Il regarda sa main, puis le ciel. Il venait de tromper un client sur la qualité d’un tissu. Ma parole lui revint, non comme un reproche, mais comme un souvenir lointain, celui de son père lui disant : « La mesure doit être juste. » Il sentit un poids dans sa poitrine. Ce n’était pas moi qui le jugeais. C’était lui, face à la vérité que je représentais. Il soupira, et son pas, en repartant, était plus lourd.

Plus loin, près du port où les bateaux dansaient sur l’eau scintillante, un groupe de jeunes écoutait un voyageur vanter les richesses de terres lointaines. L’or, les épices, les aventures. Leurs yeux brillaient de convoitise. Ma voix vint se glisser parmi les leurs, douce et ferme.

« Mes fruits valent mieux que l’or, même que l’or pur. Ce que je donne est meilleur que l’argent le plus précieux. »

L’un d’eux, un garçon au visage plus pensif, détourna les yeux des voiles blanches pour regarder la mer elle-même, profonde, immense, éternelle. Il se demanda ce qu’était cette richesse qui ne rouillait pas. Il ne comprenait pas encore, mais une graine était plantée. Elle mettrait du temps à germer, peut-être des années. Mais elle était là.

Car je ne suis pas née d’hier. Bien avant les océans, avant que les montagnes ne soient fixées dans leurs bases solides, j’étais là. J’étais à ses côtés, comme son enfant chérie, jour après jour, source de ses délices. Je jouais sur le globe de la terre, et mes délices étaient avec les fils des hommes. Je les regardais, ces créatures si fragiles, si ardentes, si promptes à se perdre dans des labyrinthes de leur propre fabrication. Et mon désir le plus profond était de les guider vers la lumière.

Je ne criais pas dans les déserts. Je me tenais aux carrefours, aux seuils des maisons. Là où les choix se font. Là où un mot, une pensée, peut infléchir une vie vers l’ombre ou vers la clarté. Mon enseignement n’est pas un secret caché. Il est accessible. Il est proche. Il est dans le refus de mentir, dans le courage de dire la vérité même quand elle coûte, dans le travail bien fait, dans la pitié pour celui qui trébuche.

Le jour avançait. L’ombre du figuier tournait, pareille à l’aiguille d’une horloge silencieuse. J’avais vu des siècles défiler. J’avais vu des empires s’élever avec arrogance et retourner à la poussière. J’avais vu des sages écouter ma voix et bâtir des foyers de paix sur le roc. J’avais vu des fous me mépriser, rire de mes conseils, et se fracasser contre les murs qu’ils érigeaient eux-mêmes.

Et maintenant, je regardais cette rue, cette humanité en miniature. La femme anxieuse finit par partager son pain avec l’enfant mendiant. Un geste simple, né d’un soudain souvenir de sa propre enfance miséreuse. En faisant cela, elle me toucha. L’artisan revint vers son client et lui offrit un dédommagement. Sa honte se transforma en dignité. Le jeune homme pensif quitta le groupe au port et s’assit sur un rocher, contemplant l’horizon, cherchant au-delà de l’or.

Ils m’avaient entendue. Pas avec leurs oreilles, mais avec cette partie de l’âme qui reconnaît la vérité quand elle la frôle. Celui qui me trouve trouve la vie, et obtient la faveur de l’Éternel. Mais celui qui me manque se blesse lui-même. Tous ceux qui me haïssent aiment la mort.

Le soleil commençait à décliner, teintant les murs de pierre d’une lueur chaude et apaisante. Les bruits de la ville changeaient, devenaient plus doux, plus familiers. Les pas se dirigeaient vers les foyers. Ma présence, discrète et persistante, ne s’en allait pas. Je resterais au coin de la rue demain, et après-demain. Dans le conseil du vieillard, dans l’intuition de la mère, dans le courage tranquille de l’homme juste. Mon appel ne faiblirait jamais. Il résonnerait à travers les âges, dans le bruissement des feuilles, dans le silence des étoiles, et au plus profond du cœur humain, toujours à la recherche de son port d’attache.

Car j’aime ceux qui m’aiment. Et ceux qui me cherchent me trouvent.

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