Bible Sacrée

L’Administration de la Paix de Salomon

Le soleil de midi pesait sur les pierres claires de Jérusalem, et l’ombre étroite des portiques du palais n’offrait qu’un maigre refuge. À l’intérieur, dans la fraîcheur relative des salles aux murs épais, l’odeur de l’encre, du papyrus et de la cire d’abeille se mêlait à celle, persistante, de la poussière amenée par le vent du désert. Salomon, assis, n’était pas seul. Autour de lui, ce n’était pas le silence du trône, mais un bourdonnement constant, organisé, celui d’une ruche au cœur de l’été. Un homme s’approchait, roulant entre ses doigts un petit cylindre d’argile fraîche. Un autre, à une table basse, murmurait des chiffres en alignant des cailloux sur une grille tracée à la craie.

C’était cela, le règne. Non pas seulement les rêves de Gibéon, la sagesse proverbiale, ou l’éclat de l’or d’Ophir. C’était cela : des listes. Des noms, des quantités, des lieux. Le grain qui montait des plaines de Beth-Shéan, l’huile fine des collines d’Ashkelon, le foin pour les chevaux qu’on faisait venir de loin, d’Égypte peut-être, au prix de caravanes éreintées. Azaria, fils de Nathan, supervisait les préfets, ces douze hommes répartis sur tout le pays, chacun responsable d’un mois de provisions pour la maison du roi. Une idée simple, ingénieuse, qui évitait la famine à la capitale et le poids excessif sur une seule région. Salomon les avait choisis avec soin, pas seulement pour leur loyauté, mais pour leur connaissance du terroir, la façon dont un homme du plateau de Benjamin comprenait ses oliviers, différente de celle d’un homme des verts pâturages d’Issacar.

Je me souviens d’un jour où l’un d’eux, le préfet de Nephtali, un homme aux mains noueuses et au parler lent, était venu rendre compte. Il sentait le bois humide et l’herbe coupée. Il parlait des pluies tardives sur les hauteurs, du rendement des orges, et il avait sorti de sa tunique une petite poignée d’amandes fraîches, encore vertes. « Pour toi, mon seigneur. De nos collines. » C’était plus qu’un tribut ; c’était une offrande. Salomon l’avait acceptée, sentant sous ses doigts la peau duveteuse du fruit. Cela aussi faisait partie de la paix, de cette *shalom* tangible : qu’un homme vienne des confins du royaume avec le produit de sa terre, sans crainte des pillards, sûr des routes.

Et les scribes écrivaient. Ils grattaient leurs tablettes, consignant tout. Les chevaux : quarante mille écuries pour les chars, douze mille pour la cavalerie. Un chiffre qui donne le vertige. Parfois, je les imaginais, ces animaux, secouant leurs crinières dans l’air chaud de Meguiddo, de Beth-Horon, de toutes ces villes-charnières que le roi avait fortifiées. Le bruit de leurs sabots sur le pavé devait être comme un roulement de tonnerre lointain. Et la paille qu’ils consommaient, les hommes pour les panser, les forgerons pour ferrer leurs sabots… tout un monde tournait autour de cette puissance militaire qui, pour l’instant, dormait, n’était qu’une ombre imposante à la frontière.

La table du roi. On en parlait dans tout le pays, avec une admiration mêlée d’effroi. Trente cors de fleur de farine, soixante cors de farine commune, dix bœufs gras, vingt de pâture, cent moutons, sans compter les cerfs, les gazelles, les chevreuils et les volailles engraissées. Les nombres étaient si grands qu’ils en perdaient leur sens. Un jour, j’ai suivi le chef des cuisiniers, un Édomite au visage marqué de brûlures d’huile, dans les réserves. L’odeur était âcre, complexe : le grain, la viande salée, le vin aigrelet qui coulait d’une jarre mal bouchée. Des montagnes de jarres d’argile, chacune marquée d’un sigle. « C’est de la logistique, m’avait-il dit en essuyant ses mains sur son tablier. De la logistique pure. Le roi ne mange pas tout ça. Mais sa maison, ses serviteurs, ses hôtes, les délégués qui viennent de Tyr, de Byblos, du pays des Philistins… Ils voient cela, et ils comprennent. Ils comprennent la stabilité. » Manger devenait un acte politique, un signe de la providence de l’Éternel sur son oint.

Et la paix. C’était peut-être le détail le plus précieux, celui qui n’apparaissait pas dans les listes, mais qui les rendait toutes possibles. « De Dan à Beer-Sheba, Juda et Israël habitèrent en sécurité, chacun sous sa vigne et sous son figuier. » La phrase des scribes est belle, presque trop belle. Pourtant, je l’ai vue, cette réalité. J’ai voyagé sur les routes, et j’ai vu un vieil homme sommeiller à l’ombre d’un mur en terrasse, sa canne posée contre lui, sans crainte. J’ai vu des enfants courir entre les vignes, leurs cris clairs portés par le vent. La sécurité. Après les guerres de Saül, après les combats de David, c’était un bien inestimable. Une génération entière grandissait sans connaître le cri de ralliement pour la bataille, sans avoir à saisir une épée pour défendre son seuil. Cela, aucun tribut, aucune richesse ne pouvait l’acheter. C’était le cadeau ultime, le fruit silencieux de la sagesse.

Pourtant, dans le bourdonnement studieux de la salle des archives, une pensée fragile, ténue, me venait parfois. Toute cette administration parfaite, cette abondance mesurée, comptabilisée, cette paix large comme l’horizon… elle reposait sur des épaules humaines. Sur la loyauté d’Azaria, sur l’honnêteté des préfets, sur le dos des paysans qui labouraient et moissonnaient. Et sur le cœur d’un seul homme, Salomon, qui, en ce moment même, écoutait un rapport sur l’approvisionnement en cèdre du Liban pour le Temple en construction. Son visage était attentif, mais ses yeux, par instants, se perdaient vers la fenêtre, vers le mont Morijah où les pierres commençaient à s’assembler pour une gloire d’un autre ordre.

L’histoire ne raconte pas ces moments de silence intérieur. Elle dit les chiffres, les noms, l’étendue du territoire, la prospérité. Elle a raison. C’était un âge d’or. Mais un âge d’or tissé de papyrus et d’encre, de sueur et de poussière, de la paix lourde et douce des après-midi où le royaume, un instant, retenait son souffle, rassasié et en sécurité, sous le regard du Très-Haut. Et dans l’air immobile, seul le grattement obstiné des stylets sur l’argile rappelait que toute chose, même la paix et l’abondance, finit par devenir une liste, un souvenir consigné, en attendant les jours différents que le vent, déjà, apportait de l’orient.

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