Bible Sacrée

Prophétie sur les montagnes d’Israël

La pluie avait cessé depuis trois jours, mais l’odeur de terre mouillée et de feuilles pourries persistait, lourde dans l’air immobile. J’étais assis à l’ombre maigre d’un mur de pierres disjointes, regardant sans vraiment voir la vallée en contrebas. C’est là que la parole me tomba dessus, non pas comme un éclair, mais comme une fièvre qui monte – sourde, insistante, pénétrant les os.

« Fils d’homme, tourne ton visage vers les montagnes d’Israël, et prophétise contre elles. »

La voix n’était pas un son, c’était une pression dans la poitrine, une certitude amère qui remplissait la bouche d’un goût de cendre. Je me levai, les genoux un peu tremblants, pas de vieillesse mais de ce poids. Je fixai la ligne sombre des collines à l’horizon, ces hauteurs qui avaient vu tant de choses. Et je parlai. Les mots sortaient bas, rauques, comme arrachés.

« Montagnes d’Israël, écoutez la parole du Seigneur, l’Éternel. »

Le vent se leva, un souffle chaud qui courbait les herbes sèches. Il semblait porter mes paroles plus loin, vers ces sommets où ils avaient cru pouvoir se cacher.

« Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel, à vos montagnes et à vos collines, à vos ravins et à vos vallées : Voici, moi, je fais venir l’épée contre vous, et je détruirai vos hauts lieux. »

Je vis alors, non pas avec les yeux, mais dans l’esprit, avec une clarté qui tordait les entrailles. Je vis les *bamot*, ces tertres sacrés qu’ils avaient taillés partout où la vue était belle. Je sentis presque l’odeur âcre de l’encens brûlé, non pour l’Éternel, mais pour les idoles de bois et de pierre. Cet encens qui montait, croyant flatter les dieux muets, tandis qu’il obscurcissait le ciel du seul Dieu vrai. Des autels de pierres brutes, tachés du sang des offrandes, nichés dans le creux des rochers, sous des chênes verts qu’on disait habités. Tout était souillé. Chaque colline avait son sanctuaire secret, chaque vallée son autel camouflé.

« Vos autels seront dévastés, vos colonnes solaires brisées. Je ferai tomber vos morts devant vos idoles immondes. »

L’image vint, nette et horrible. Ce ne fut pas une vision de feu ou de tonnerre, mais quelque chose de plus terrible dans son silence. Je vis les corps gisant, abandonnés, au pied de ces statues aux yeux vides. Des corps d’hommes qui, vivants, avaient prosterné leur front dans la poussière devant ces choses inertes. Et maintenant, morts, ils pourrissaient à leurs pieds, offrande ultime et involontaire. Les idoles resteraient là, impassibles, incapables d’un geste, d’une larme, tandis que la chair de leurs adorateurs retournerait à la terre. La puanteur de la mort se mêlerait à la senteur fade de l’encens éteint. Les ossements blanchiraient au soleil, éparpillés parmi les débris des autels. Les collines, ces témoins silencieux, seraient jonchées de ces restes.

« Je mettrai les cadavres des fils d’Israël devant leurs idoles, et je disperserai vos ossements autour de vos autels. »

Un gémissement m’échappa. Ce n’était pas seulement le châtiment qui serrait le cœur, c’était le grotesque absolu de la scène. Tout leur culte, leurs chants, leurs sacrifices, leurs espoirs placés dans du bois sculpté… aboutissant à cela : une jonchée d’ossements autour d’un tas de pierres. Le néant autour du néant.

La pression dans ma poitrine se fit plus intense, se mêlant à une tristesse si vaste qu’elle en était physique. Car la parole continuait, et elle disait autre chose. Elle disait le but de cette dévastation.

« Partout où vous habitiez, vos villes seront ruinées, vos hauts lieux dévastés… afin que vous sachiez que je suis l’Éternel. »

C’était ça, le noyau brûlant de tout. Ce n’était pas la rage d’un dieu capricieux. C’était le coup de scalpel d’un chirurgien désespéré. Ils avaient oublié. Oh, ils prononçaient encore son nom, peut-être. Mais ils ne *savaient* plus. Ils ne connaissaient plus Celui qui les avait tirés de la fournaise d’Égypte, qui avait parlé dans le tonnerre au Sinaï, qui marchait avec eux au désert. Ils l’avaient remplacé par des ombres commodes, des divinités de fertilité et de chance, taillées à leur propre image, à la mesure de leurs petits désirs. Alors il fallait tout briser. Il fallait que les murs s’écroulent, que les autels se fissurent, que la mort rôde, pour qu’enfin, dans le silence des ruines, une mémoire plus ancienne se réveille. Une épouvante sacrée. La reconnaissance de l’Invisible, du Tout-Autre, du Je Suis.

Et puis, comme un souffle après la tempête, un écho, une presque-notes de musique brisée.

« Cependant, je conserverai un reste… Ils se souviendront de moi. »

Les mots se posèrent, fragiles. Un reste. Pas la foule bruyante des fêtes idolâtres. Une poignée. Ceux qui, au milieu du carnage, survivraient. Et dans leur cœur déchiré, dans l’exil et l’humiliation, une pensée jaillirait : « Nous nous sommes prostitués, nous et nos pères, nous avons péché. » La repentance naîtrait non dans la prospérité, mais dans la défaite. Elle serait amère, douloureuse, salutaire. Elle serait le premier pas vers la connaissance.

Je retombai assis sur la pierre. La sucieur collait ma tunique à mon dos. La vision s’était dissipée, laissant derrière elle un goût de sel sur les lèvres et une fatigue immense. Les montagnes, à l’horizon, étaient toujours là, silhouettes bleutées dans la lumière déclinante. Elles paraissaient si paisibles. Elles portaient déjà, en germe, les ruines futures, les ossements dispersés, le silence. Et pourtant, elles porteraient aussi, un jour lointain, le murmure du reste. Le murmure qui dirait : « L’Éternel est là. Lui que nous avions oublié. »

Je baissai la tête. L’obscurité tombait, doucement. Le dernier verset résonnait encore, comme une cloche fêlée au fond de l’âme. Le jugement n’était pas la fin. C’était un labour terrible, pour que quelque chose, un jour, puisse repousser. Une connaissance. Un nom murmuré dans les ténèbres.

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